Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

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jeudi 30 mars 2017

Rassemblement Train Jaune - Samedi 1er avril de 10 à 12 h en gare de Villefranche

URGENCE !
Menaces de filialisation/privatisation du Train Jaune !
A l'appel des cheminots de Villefranche :

RASSEMBLEMENT 
TRAIN JAUNE 
samedi 1er AVRIL de 10h à 12h en gare de Villefranche

Depuis plusieurs mois, les mobilisations des usagers et des cheminots se sont traduites par des avancées considérables pour l’avenir de la ligne de Cerdagne.
Mais aujourd’hui, les menaces sont bien réelles car la direction de la SNCF, qui profite d’une période électorale favorable, poursuit la même logique libérale et s’empresse de créer un établissement Train Jaune (au 1er avril 2017) avec son personnel dédié et déconnecté des autres TER d’Occitanie (de nombreuses suppressions de postes sont prévues sur Villefranche).

Pour la CGT, cette réorganisation s’apparente à une privatisation rampante.
En 2013 déjà, usagers et cheminots s’étaient rassemblés en gare de Villefranche afin d’alerter la population des menaces de privatisation via une société d’économie mixte (SEM).
Les cheminots avec la CGT ont depuis toujours défendu avec force les lignes de Perpignan à La tour de Carol et portent un projet de développement ferroviaire et industriel pour le Service Public et l’aménagement de la vallée de la têt et des Pyrénées-Catalanes.

- Maintien dans la convention TER
- Investissements (infrastructure et rénovation du matériel dans les ateliers SNCF)
- Horaires et correspondances
- Tarification
- Ouverture de gares et ré-humanisation

Ce projet est la pierre angulaire de la démarche CGT et un point d’appui incontournable au rassemblement des usagers, élus locaux et des cheminots.

Face à la menace que représente la création de l'établissement Train Jaune et le risque de filialisation/privatisation, les cheminots de Villefranche, réunis en assemblée générale, appellent les citoyens, les élus locaux et toutes la CGT à se rassembler le samedi 1er avril 2017 en gare de Villefranche.

MOBILISONS-NOUS







Villefranche, mardi 28 mars 17
Objet : lettre ouverte Train Jaune


La direction de la SNCF sabote le Train Jaune

Depuis plusieurs mois, le Train Jaune est au centre de toutes les attentions.
Les mobilisations des usagers et des cheminots se sont traduites par d'importantes avancées pour l’avenir de la ligne de Cerdagne.

Le 20 février, près de 200 personnes ont accueilli Carole DELGA dans les ateliers SNCF de Villefranche. La présidente de région a pris l’engagement d’investir 9M€ sur la voie et le matériel roulant, le maintien du Train jaune dans la convention TER, ainsi que la mise en place d’un schéma directeur pour déterminer collectivement l’avenir du Train jaune et du territoire.

La CGT apprécie fortement ces engagements. Néanmoins lors de cette rencontre, CGT et cheminots ont exprimé leurs inquiétudes et leur opposition concernant la création d’un établissement spécifique Train jaune par la direction de la SNCF. Prévu le 1er avril 2017, cette réorganisation s’apparente à une privatisation rampante, projet sur lequel travaillait l'ex-directeur de la région SNCF.

En 2013, usagers et cheminots s’étaient rassemblés en gare de Villefranche afin d’alerter la population des menaces de privatisation via une société d’économie mixte (SEM).

Aujourd’hui, la direction SNCF poursuit la même logique libérale et s’empresse de créer « l’établissement Train Jaune » avec son personnel dédié et déconnecté des autres TER d’Occitanie.

Il parait évident que la SNCF organise sa propre concurrence dans les transports pour abaisser les conditions sociales des salariés du transport, instaurer la polyvalence entre missions de conduite et taches commerciales au détriment de la sécurité des circulations et de la qualité de service.

En région parisienne, la création par la direction de la SNCF, d’une filiale de droit privé baptisée TRANSKEO pour assurer l’exploitation de cette ligne T11, pourtant confiée par le STIF, inquiète particulièrement les usagers et les cheminots.

Demain, qui empêchera la SNCF de filialiser le Train Jaune via TRANSKEO puis le privatiser !

Sur ce sujet, la présidente de région n’a pas souhaité s’opposer à la direction de la SNCF prétextant que l’organisation de la production à la SNCF n’est pas de son ressort.
Par ailleurs, ce même jour, le conseil régional faisaient état qu’aucun poste ne serait supprimé sur Villefranche.

Or, le 1er avril, 5 postes de contrôleurs seront supprimés sur Villefranche.
D’autres suivront dans tous les services au fur et à mesure de la mise en place de l’établissement. (Traction, vente, matériel, agents circulations et brigades voies)
A quelques semaines du renouvellement de la convention TER, usagers et cheminots sont devenus les dommages collatéraux d’une négociation entre la direction de la SNCF et la région Occitanie.

L’exemple le plus frappant est très certainement la rénovation du matériel Train Jaune à l’identique puisque la région Occitanie a choisi de rénover le matériel Train Jaune dans les ateliers SNCF de Villefranche et Béziers et que la direction de la SNCF fait tout son possible pour fermer les ateliers de Béziers et transférer l’ensemble de la charge de travail à Villefranche qui est dans l’incapacité de la recevoir.

Ce sabotage industriel aura de graves conséquences sur la production ferroviaire dès cet été et conduira à l’abandon du projet de rénovation du matériel Train Jaune au détriment de l’achat d’un autre matériel neuf (type Z150) et de l’emploi.

Face aux manigances de la direction SNCF, l'arrêt du projet de la direction avec la tenue d'un moratoire d'un an s'imposent à tous ! Comment accepter que des millions de deniers publics soient affectés au fonctionnement du TER "Train Jaune" sans que les uns et les autres n'aient aucun droit de regard et d'opinion sur l'affectation de cet argent, à fortiori s'il s'avère être contre l'intérêt général.

Ce lundi 27 mars, appuyé par l’étude SECAFI, les élus du comité d’entreprise des cheminots de la région de Montpellier se sont prononcés défavorablement sur la création de l’établissement Train Jaune.

Aujourd’hui d’autres choix sont possibles !

Les cheminots avec la CGT et les Usagers portent un projet de développement ferroviaire et industriel pour le Service Public et l’aménagement des Pyrénées-Catalanes avec la réalisation d’investissements dans le matériel roulant et l’infrastructure, la création d’emplois avec notamment la réouverture de gares et la mise en place de tarifs et horaires en réponse aux besoins des usagers.

Face aux menaces de privatisation et de destruction de l’emploi, le Syndicat CGT des cheminots de Villefranche appelle les citoyens et les usagers à un rassemblement le samedi 1er avril 2017 à 10h en gare de Villefranche.

Julien BERTHELEMY
Secrétaire général du syndicat CGT
06 45 19 60 64

mercredi 29 mars 2017

Fillols - VENDREDI, CINÉ TCHATCHE + PERF' ELECTRO

Le Foyer Laïque de Fillols présente :


le collectif La France Entière
EXPÉRIMENTE à FILLOLS

(film / rencontre / performance)

LE VENDREDI 31 MARS
(salle des fêtes)

20H00 :  Ouverture des portes

20H30 : PROJECTION DU FILM : ALLELUIA
un documentaire de Jean-Baptiste Alazard (2016 / 59 minutes)
Il y a un vieux qui nous regarde, là-haut, depuis les montagnes…
On dirait qu’il vit comme avant alors qu’en fait il vit comme après.


Suivi d’une RENCONTRE avec le RÉALISATEUR

22H00 : PEDILUVE BANQUISE + projections live
(duo dadaïste aveyronnais de musique électronique improvisée… à tendance jamaïcaine)


ENTRÉE : PARTICIPATION LIBRE

mardi 28 mars 2017

La solidarité n'est pas un crime : Cédric Herrou de la vallée de la Roya écrit...



Breil sur Roya 03h54,

Réveillé par un gosse de 6 ans et sa mère, tous deux arrivants à pieds, de nuit sous la pluie depuis l’Italie. Une part de peine de les voir une part de réconfort de les savoir à l’abri et une part d'ironie ; ces deux ont réussi à ridiculiser l'armée, la Paf, la gendarmerie et cet état d'urgence, ils ont passé la frontière à la barbe de ses hommes emplis de testostérone armés de Famas, lunette à visée nocturne, une seule pensée me vient « Pauvres cons »

Je suis éveillé, 40 personnes de 4 à 30 ans, dans ce camping improvisé, attendant désespérément de pouvoir faire une demande d'asile et pour les mineurs isolés d'être pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et moi je suis debout, réalisant que ma vie depuis un ans a un peu changé
la mère et l'enfant couchés dans une tente, sous la pluie, je n'ai plus sommeil, que me reste il... écrire.

Écrire à qui ? au maire ? au procureur de la république ? au préfet ?
Aux présidents du conseil départemental, Régional ?
Aux ministres ? Au pape ? Au peuple ?
A quoi bon ...
Tous ont connaissance de ce que nous endurons dans la vallée de la Roya et ailleurs en France. Les aidants poursuivis par la justice et les aidés poursuivis par la Police, alors que les uns et les autres n'agissent que pour le droit à la dignité humaine.

Alors j'écris pour moi-même et pour ceux qui prendront la peine de me lire

Voilà un an que nous nous exposons afin d'alerter un système auquel nous croyons, politiques, associatif, juridique, tous nous ont entendus mais personne n'a bougé, rien n'a changé, nous sommes en 2017 et des gens inexistants aux yeux de la justice souffrent de l'indifférence générale.

Nous avons essayé pourtant, seul résultat, une dizaine de procès en cours pour « aide à l'entrée et à la circulation de personnes en situation irrégulière » ... quel drôle de terme face à ces gosses qui souffrent…. comment leur expliquer qu'ils sont considérés comme irréguliers alors que le droits des migrants, fuyant guerre et dictatures, est encadré par ces même personnes qui incriminent des citoyens répondant à une urgence humanitaire
Que la France, 5ième puissance mondiale bafoue le droit à la dignité humaine…

Ma grand-mère ayant fui les nazis en Allemagne aurait dit « Pauvre France » mais elle est morte alors elle ne dit plus rien.

Je vous avoue que je me sens perdu, j'aimerais pouvoir faire comme cette majorité qui ferme les yeux ayant peur d'y voir trop clair, se voilant la face avec ces arguments populistes sortis tout droit de la bouche de politique bafouant les fondamentaux des valeurs qui ont fait que la france est La France.

J'aimerais pouvoir fermer ma porte à double tour, mettre une clôture autour de Ma propriété privée et continuer à vivre dans l'indifférence. Mais on m'avait averti « il est plus facile d'ouvrir sa porte que de la fermer »

Maintenant ce n'est plus uniquement le problème de ces noirs fuyant dictature et guerres, je ne suis plus témoin je suis complice, victime.

J'ai du mal à comprendre, comment en sommes nous arrivé là ? Les habitants de la Roya crient à l'aide et aucune réponse, seuls quelques procès et barrages de flics.

Comme si le problème était créé par les citoyens de la Roya, Comme si le problème ne venait pas d'une réalité mais simplement du fait que nous osons dire, dénoncer.

Comment faire quand un procureur de la république procure simplement docilité à cette nouvelle forme de politique électoraliste et populiste

Comment faire quand un préfet se sert d'une police aux méthodes dignes de voyous, une police n’hésitant pas à faire des faux en écriture publique afin de dégager ces noirs en Italie et plus loin encore s'ils le pouvaient.

(je cherche un procès en diffamation mais pas sûr que l’excès de testostérone ne leur procure ce courage)

Comment faire pour que les migrants puissent déposer leur demande d'asile sans que je finisse une fois sur dix en garde à vue avec un procès au cul, comment faire pour que la prise en charge des mineurs isolés se fasse normalement ? Comment faire pour que le droit ne s’arrête pas aux frontières de la Roya pour que La Roya redevienne Française ? Pour que la Roya ne soit pas juste qu'un gros barrage de flics, Pour que le droit français puisse être rétabli en Roya ?

Dois-je racheter un mini-bus, vu que le dernier a été saisi, pour transporter ces gens hors de cet état de non-droit qu'est la Vallée de la Roya ?

Certes ça va être compliqué mais je ne pense pas avoir le choix
Si aucune réponse n'est apportée par "nos" institutions

Je me saisirai donc du droit de bafouer certaines règles, je reprendrai mon véhicule, je contournerai ces dispositifs policiers pour qu'enfin ces gens puissent faire leur demande d'asile et je sortirai ces gamins de ce département afin qu'ils puissent construire une vie plus digne dans le pays des droits de l'Homme.

Le « droit de résistance à l'oppression » est un des droits naturels et imprescriptibles cités à l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 et je m'en saisirai et je vous invite à faire de même

Viva

lundi 27 mars 2017

Un article qui parle de Ronan... et une vidéo



Article paru dans CQFD.
Et aussi

Lien vers une vidéo
"Souvenir de Ronan... à 1:08, il parle d'un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : les concerts."
https://www.dailymotion.com/video/xhjai_rock-a-l-usine_news

Ronan est l'initiateur de ce blog ; c'est lui qui a dessiné l'en-tête : 

'Le mur parle !' 
'Droit dans le mur !' 
'La république est dans le mur !'

Il nous a quitté brutalement le mardi 3 février 2015
Il nous manque toujours

dimanche 26 mars 2017

Face aux méthodes brutales pour imposer le compteur Linky, la résistance grandit

Face aux méthodes brutales 

pour imposer le compteur Linky, 

la résistance grandit



22 mars 2017 / Baptiste Giraud (Reporterre)

  


D’ici à 2021, 35 millions de compteurs communicants Linky devront avoir été installés en France. Chargés de leur déploiement, Enedis et ses sous-traitants ne respectent pas toujours les habitants qui refusent cette technologie. Enquête à Niort, où de méthodes brutales sont employées.
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Niort (Deux-Sèvres), reportage

Linky est le nouveau compteur électrique en cours de déploiement en France. Promu par Enedis (ex-ERDF, entreprise chargée du réseau électrique), ce « compteur communicant » a la particularité d’enregistrer la consommation du circuit qu’il alimente chaque demi-heure, et d’envoyer ce relevé par ondes électromagnétiques. Pour ses détracteurs, cela signifie une augmentation des ondes qui nous entourent, et la captation de données concernant notre vie privée.

Des collectifs d’opposants à ce compteur et son installation dans tous les foyers se sont développés depuis son lancement en décembre 2015. Tout en expliquant pourquoi ils sont contre, ils ont commencé à tenter de s’opposer à sa mise en place. Des communes ont notamment tenté de refuser le Linky en prenant des délibérations en conseil municipal.

Niort a la particularité d’avoir été l’une des premières villes concernées, début 2016, par le déploiement des compteurs Linky. Son maire, Jérôme Baloge (Parti radical), est un ancien directeur territorial d’ERDF. Aujourd’hui, 17.700 sur 28.000 compteurs ont été remplacés, selon Enedis.

À l’époque, personne n’avertit la population du déploiement prochain de Linky. Notamment pas la mairie, pourtant propriétaire des compteurs. « Ce n’est pas la mairie qui s’en occupe, c’est une décision de loi », assure Nancy L’Horty, au cabinet du maire. Pourtant, lorsque Reporterre a interrogé Enedis, voilà ce que nous ont répondu deux communicants (qui n’ont pas voulu donner leurs noms) : « Six mois avant le déploiement dans une commune, on contacte les élus locaux pour voir quel type de concertation il faut mettre en place afin d’expliquer le pourquoi de ces compteurs. »

Patricia Véniel, cheville ouvrière du collectif contre Linky Deux-Sèvres, apprend donc la nouvelle par le bouche-à-oreille, et un échange entendu entre le maire et un adjoint, dit-elle à Reporterre. « À ce moment, les gens ne savaient pas ce qu’était Linky. Mais quand on leur a expliqué, alors ça a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase : on voulait leur imposer quelque chose dans leur maison », explique-t-elle.

 
Dans la rue où habite Patricia Véniel, toutes les portes ou presque portent des autocollants anti-Linky.



Quand nous nous rendons dans la ville, les autocollants anti-Linky fleurissent sur les voitures et les portes d’entrée. Des « non au Linky » sont écrits à la peinture sur le sol. Pour autant, difficile de savoir combien de personnes s’opposent au remplacement de leur compteur : c’est une lutte individuelle, menée par chaque habitant à son domicile.

« Une fois, on a failli en venir aux mains » 

 

Dès les premiers mois, les techniciens chargés de poser les Linky rencontrent une opposition. « Il y avait un ou deux refus sur dix tentatives de pose », se souvient Maxime, un des techniciens à l’époque. « Très vite, raconte Patricia Véniel, cela a commencé à glisser vers la violence de la part des particuliers qui ne voulaient pas du compteur. Alors, nous avons pris contact avec les poseurs et convenu qu’ils ne changeraient pas les compteurs si une lettre de refus y était collée. » Ces premiers techniciens, engagés par Solutions 30, un sous-traitant d’Enedis, ont depuis été licenciés. « Au début, on se donnait beaucoup pour faire du chiffre, et puis, on s’est rendu compte que les primes qu’on nous avait promises n’arrivaient pas, les heures supplémentaires n’étaient pas payées, il n’y avait pas une voiture de fonction par personne… Alors on a baissé le rythme, et ils ont trouvé des excuses pour nous virer », raconte Maxime [1]

 
« Ni à l’école ni à la maison, non au compteur électrique Linky. »


 Aujourd’hui, les personnes que nous avons rencontrées décrivent un système de harcèlement et une véritable course au plus malin pour réussir à installer le précieux boîtier fluo. Cela commence par les passages au domicile. Jojo, une retraitée niortaise, en a dénombré neuf entre février 2016 et janvier 2017. Les poseurs sonnent, elle leur répond qu’elle ne veut pas du Linky : « J’ai des arguments, je sais quoi dire, alors ils repartent en prenant une photo du compteur », explique-t-elle. La photo sert à prouver à leur hiérarchie qu’ils sont bien venus sur place. « Une fois, poursuit-elle, on a failli en venir aux mains. Ça a été long, on a dû attendre qu’ils remontent en voiture. »

 
Jojo, retraitée, n’était pas militante avant de refuser le Linky.

Puis il y a les coups de téléphone, émanant d’Enedis ou de ses sous-traitants. Jusqu’à 10 voire 15 par jour. Les installateurs cherchent à obtenir un rendez-vous avec les personnes dont le compteur est « inaccessible ». Selon les témoignages que nous avons recueillis, les opérateurs n’hésitent pas à faire pression en usant de menaces : « Votre facture d’électricité va augmenter », « La pose du compteur va devenir payante », « On va vous couper l’électricité », etc. « Une intimidation qui peut fonctionner chez les personnes âgées, notamment », selon Patricia Véniel.

Plus grave, il y a les cas où les poseurs ne se gênent pas pour entrer et changer les compteurs, sans même avoir prévenu. Enedis nous a assuré qu’un courrier était envoyé à chaque client, 45 jours environ avant la pose du compteur, expliquant comment les choses vont se dérouler. Les sous-traitants sont censés contacter les clients pour prendre un rendez-vous en cas de compteur intérieur, ou alors sonner simplement pour les prévenir lorsqu’il procèdent au remplacement de compteur dit « accessible », c’est-à-dire situés à l’extérieur des habitations ou dans les parties communes des logements collectifs.

Martine, Catherine et Michel, de la résidence Floreal, nous ont raconté une autre histoire : « Le syndic de copropriété a refusé le Linky, mais les poseurs utilisent un pass pour entrer, comme les facteurs, donc ils ne nous ont pas prévenus », expliquent-ils. Par chance, eux ont quand même été alertés de l’arrivée d’une équipe : « On les a laissés installer un compteur qui avait été demandé, mais on les a bien surveillés pour qu’ils n’en changent qu’un. »


« On les a laissés installer un compteur qui avait été demandé, mais on les a bien surveillés pour qu’ils n’en changent qu’un. »


Depuis, ils organisent des sortes de rondes : « On est obligés de surveiller, on regarde par la fenêtre ou bien on fait des gardes devant, par tranche de deux heures », raconte Martine. Si un poseur arrive, les opposants se postent devant l’entrée pour l’empêcher de faire son travail. « Un soir, un poseur nous a tenus jusqu’à 18 h, il ne voulait pas partir, et menaçait de nous couper l’électricité », poursuit-elle.

« Une petite magouille derrière » 

 

Émilie, elle, est arrivée trop tard. Propriétaire d’un immeuble comprenant plusieurs logements, elle a vu les boîtiers fluo apparaître les uns après les autres, sans en être avertie. Par deux fois, des poseurs ont changé les compteurs sans qu’elle s’en aperçoive, en entrant grâce à un pass de facteur. Jusqu’à la troisième : « Il était 9 h, la locataire était sous la douche, c’est elle qui m’a prévenue qu’il y avait une coupure de courant. Alors, je suis descendue et j’ai vu le poseur qui avait commencé », raconte-t-elle. Elle a porté plainte pour violation de domicile. Le parquet lui a répondu qu’il n’y avait pas violation de domicile, car les compteurs sont situés dans des parties communes.

 
Émilie a vu apparaître les boîtiers jaunes dans son immeuble sans en être informée.

 Même s’il n’en existe pas de strict recensement, ces témoignages ne sont pas rares. Stéphane Lhomme, farouche opposant au nucléaire et aux compteurs intelligents, a rassemblé sur son site les cas les plus surprenants. Les faits sont même assumés par Enedis, qui énumère dans une fiche les différents cas de figure auxquels les poseurs peuvent faire face. En gros, tant qu’une « barrière physique ou morale (muret, porte fermée à clé, panneau “propriété privée”…) » ne l’en écarte pas, le poseur peut procéder au remplacement de compteur.

Le mode d’emploi des poseurs face à une situation de refus.


À Niort, une dame s’est plainte d’avoir reçu la visite d’un poseur sans en avoir été prévenue, alors que son compteur était accessible : elle a reçu une indemnité de 25,63 €. Pour Maxime, il y a « une petite magouille derrière » : « Souvent, quand les compteurs étaient accessibles, les gens ne recevaient pas de courrier », se souvient-il. Pour les compteurs non accessibles, qui demandent le concours des habitants, des rendez-vous sont fixés soit par téléphone soit de manière aléatoire par Enedis.

« Je ne suis pas contre pour être contre, mais c’est dur de faire la part des choses. On ne sait pas où est la loi », témoigne Émilie. Les avocats Blanche Magarinos-Rey (connue pour avoir défendu la liberté d’échanger des semences paysannes) et Antoine de Lombardon se sont penchés sur la question. Selon eux, les poseurs utilisent la ruse ou la force face aux récalcitrants, alors que leurs menaces ne sont pas fondées : tout au plus Enedis pourrait-il éventuellement facturer, à l’avenir, le relevé des anciens compteurs par les techniciens.
 
Dans la résidence le Floréal, le syndic a affiché des conseils pour refuser le Linky.

 
Pour Me de Lombardon, il faudrait se pencher sur les contrats qui lient Enedis aux particuliers. « Il existe un doute sur la possibilité que les dispositions contractuelles permettent le changement de technologie prévu par ces compteurs. C’est une question qui mériterait d’être tranchée par un juge. » En attendant, « un particulier est légitime à refuser l’accès à son domicile pour le changement d’un compteur, s’il estime que ce changement n’est pas prévu par le contrat l’unissant à Enedis ».

« Toutes les classes sociales sont représentées » 


« Quand vous êtes face à une voie de fait, la seule chose à faire consiste à prévenir la justice, pour faire juger que le déploiement se fait dans des conditions très contestables sur le plan de la légalité », estime Me Magarinos-Rey. Or, pour l’instant, les plaintes déposées au pénal sont systématiquement refusées. « Il faudrait aller devant la justice civile, mais c’est plus cher et complexe pour les particuliers. »

Les avocats pointent deux failles dans la mise en place du Linky. Les recommandations de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) sur les données personnelles enregistrées par les compteurs n’ont pas été suivies pas Enedis (mais, il est vrai qu’elles n’ont pas de valeur contraignante). Il en va de même pour la possibilité des communes de refuser le déploiement : elles demeurent propriétaires des compteurs, même si elles ont transféré leurs compétences en la matière à des établissements publics. Ces deux arguments n’ont pas encore été portés devant un tribunal, mais devraient l’être dans les mois qui viennent si les conseils des deux avocats sont suivis par les opposants.

 
« Je suis contre le changement de compteur Linky », a écrit ce propriétaire au-dessus de son compteur.


Selon nos interlocuteurs d’Enedis, c’est « beaucoup de bruit pour rien ». « Après chaque pose, nous menons une enquête de satisfaction, et les taux de satisfaction sont extrêmement importants », soulignent-ils, ajoutant que le remplacement se fait au rythme prévu (3,5 millions de Linky sont déjà en place).

Mais, à Niort, la situation que nous avons pu constater est bien tendue. Jojo a attaché le boîtier de son compteur avec une chaine afin que personne ne puisse l’ouvrir. Récemment, elle a acheté un dictaphone afin d’enregistrer les conversations avec Enedis et ses sous-traitants. C’est la première fois qu’elle s’engage dans une lutte. Émilie, elle, s’interroge : « Sur internet, on lit les deux extrêmes : soit tout va bien, soit on va mourir. Il faudrait des études indépendantes sur le Linky. Mais, aujourd’hui, la confiance avec les grandes entreprises est rompue. »

 
Le compteur de Jojo, protégé par une chaine, recouvert d’un tract et d’un double de la lettre de refus envoyée à Enedis.



« 90 % des citoyens du collectif ne sont pas militants », assure Patricia Véniel. D’après elle, ce combat ressoude les gens : « Toutes les classes sociales sont représentées, même des médecins, qui viennent tracter avec nous. »

Dernier épisode en date, samedi 11 mars : pendant une réunion d’information sur les compteurs communicants dans un petit village (Ardin, Deux-Sèvres), une participante sort de la salle et se rend compte que des gendarmes sont en train de relever les plaques d’immatriculation des véhicules garés sur le parking. Tout le monde sort alors et bloque le véhicule des gendarmes en demandant la restitution de la liste. Après avoir photographié la feuille, selon les opposants, les gendarmes finissent par la déchirer et distribuer les bouts de papier aux présents. Donnant un argument de plus aux anti-Linky.

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POUR ALLER PLUS LOIN

Le journal l’Âge de faire a constitué un dossier au sujet des compteurs Linky. La page est accessible ici.



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[1Voir ici des détails sur leurs conditions de travail.

Lire aussi : Des communes se rebellent contre les compteurs « intelligents » Linky et Gazpar

Source : Baptiste Giraud pour Reporterre
Photos : © Baptiste Giraud/Reporterre
. chapô : Catherine, Martine et Michel devant leur résidence.


Source : https://reporterre.net/Face-aux-methodes-brutales-pour-imposer-le-compteur-Linky-la-resistance-grandit

samedi 25 mars 2017

Espagne 36 - A l'Entonnoir - Témoignages de descendantEs d'exiléEs - Chorale engagée de Prades - Voix libres de Perpignan...



« Espagne 36 »


Ce week-end, a lieu à l'Atelier de l'Entonnoir à Prades un événement en mémoire de la République espagnole, de la Guerre civile d'Espagne et de la Retirada, qui ont particulièrement marqué l'histoire de notre territoire. Tout un programme de projection, exposition, concerts, randonnée commentée et... témoignages sonores.

Résonances - le Conflent à nos oreilles y contribue en donnant à entendre la parole de 4 témoins et descendants d'exilé·es, Aline Barbier, Gilbert Susagna, Elisabeth Andolfo, Narcisse Falguera, collectée par Timothée Prod'homme. Avec des intermèdes chantés par Voix Libres, la chorale engagée de Perpignan.
  • Samedi 25 mars, à 15h, 2 rue des Marchands à Prades.


Des nouvelles de l'association

  • L'association Beau bruit est à l'honneur du dernier numéro de la revue régionale des réseaux d’éducation à l’environnement. Ce sont deux pages pour mieux faire connaître nos actions en faveur de l'éveil à l'environnement sonore. À lire ici !
 
  • Beau bruit vient de réaliser les modules sonores de l'exposition Écoute le paysage, qui se tient en ce moment au Musée de Cerdagne jusqu'au 20 septembre. À travers des relevés photographiques et des témoignages sonores, le Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes propose de percevoir les transformations de nos espaces, saisir des changements qui nous échappent au quotidien, réfléchir à l’esthétique de notre environnement avant d’agir. Plus d'info par là.
 
  • Et puis n'oubliez pas que les permanences de Résonances vous accueillent au garage n°1, 30 rue de l'Hospice à Prades. Nous vous y recevons les mardis matin de 9h à midi sans rendez-vous et le reste du temps sur rendez-vous. Excepté le mardi 4 avril où il n'y aura exceptionnellement pas de permanence.

vendredi 24 mars 2017

Nouveaux horaires à l'Alchimie - Prades

Le restaurant sera désormais ouvert

LUNDI et MERCREDI  
De 11h à 14h

MARDI  et  SAMEDI 
De 9h à 14h

Le bar – salon de thé
DIMANCHE
De 16h à 20h30

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3 rue de l’Hospice à Prades

mardi 21 mars 2017

Programme Alchimie Prades

Mardi 
9h15-10h15 
EXERCICES CORPORELS ET MEDITATION
Avec Bernard De Rivasson

Se connecter à son corps, son mental, ses émotions et ses énergies pour se sentir plus vivant
Afficher l'image d'origine

Mardi 21 Mars à 18h
CHORALE ENGAGEE 

La chorale engagée recrute toujours plus de chanteurs et chanteuses enthousiastes et motivés ,
tous les 15 jours le  samedi (13h30-15h) et mardi le suivant (18h – 19h30)

REJOIGNEZ NOUS ET VENEZ CHANTER VOS RÊVES DE JUSTICE , DE LIBERTE, D'HUMANITE !

participation libre et nécessaire

Les Dimanches de 16h00 à 20h30
jenseits 12
Vous avez l'impression d'être tombés dans une faille spatio-temporelle le dimanche ? 
Pas de panique, désormais l'Alchimie est ouvert de 16h à 20h30.
Lire - discuter - dessiner - parler à votre voisin - ne pas parler à votre voisin - déclamer des vers - jouer - rêver au son de la musique ou esquisser une chorégraphie... venez comme vous êtes !
Un moment suspendu à l'issue du week-end pour se réinventer.


Lundi à 14h
MEDITATION CORPORELLE ACTIVE
Avec Marcel Etienne
Cet atelier s'adresse à toute personne qui souhaite résoudre des problèmes posturaux
et/ou traiter des douleurs articulaires en développant sa conscience corporelle.


PS. Dans le cadre de l’évènement ‘Alternatives Collectives’ organisé en partenariat avec El Quadrat, nous recherchons des personnes motivées pour nous filer un coup de main dans l’organisation: l’évènement aura lieu du 23 au 28 mai à Prades et les environs. Il y aura une ou 2 réus de prépa, le reste se fera sur place !
N’hésitez pas à contacter Charlotte au 07 83 36 37 12 

3 rue de l’Hospice à Prades

Le restaurant est ouvert 
MARDI    MERCREDI   SAMEDI 
De 9h à 14h

Le bar – salon de thé
DIMANCHE
De 16h à 20h30

dimanche 19 mars 2017

Mardi 21 mars à 20h45 : 'Le ruisseau, le pré vert et le doux visage' au Lido à Prades


A noter : le Lido ouvre la caisse à partir 20h15


Mardi  21 mars à 20h45 au lido
Les Ciné-Rencontres vous proposent

Le ruisseau, le pré vert et le doux visage

Film de Yousry Nasrallah
 

Synopsis


Yehia et ses fils, Raafat et Galal, sont des traiteurs spécialisés dans les réceptions et les banquets. Sa nièce, Karima, est promise à Raafat, son fils aîné. Mais la jeune femme en aime un autre. De son côté, Raafat est amoureux de Shadia, de retour des Emirats arabes unis. Fraîchement divocée, elle éprouve la même attirance, mais craint que leur différence d'âge et de classe ne soient un obstacle à leur histoire. De son côté, Galal, le cadet, autrefois marié à la défunte soeur de Karima, mène une vie dissolue. Leurs existences vont basculer au cours d'un mariage paysan dont ils s'occupent...


Lien vers Bande Annonce : https://www.youtube.com/watch?v=mQhDmQDQl-0&feature=youtu.be


Critique TELERAMA lors de la sortie en salle


par Pierre Murat


On connaît depuis toujours le goût de Yousry Narsallah — l'élève, le disciple de Youssef Chahine — pour les fresques romanesques. Et sa volonté d'approcher la réalité politique et sociale de son pays par une accumulation d'intrigues disloquées, de personnages éparpillés façon puzzle. Il n'y parvient pas toujours : son précédent film, intitulé Après la guerre (2012), mais qu'il avait conçu et réalisé au coeur même des événements de la place Tahrir en février 2011, était plus émouvant que réussi : trop long, trop brouillon... Le désordre plane à nouveau sur Le Ruisseau, le pré vert et le doux visage (trois éléments du paradis dans la poésie arabe), mais assumé, charmeur, attractif... Yehia est le roi des repas de mariage : il en organise sans cesse ­autour de la petite ville de Belqas où son entreprise est si célèbre qu'elle a déjà donné son nom à une rue... Il travaille d'arrache-pied avec ses deux fils : Galal, qui refuse d'avouer son attirance pour la fiancée de son frère, et Reffat, qui vient de tomber raide dingue de la belle Chadia, revenue au pays après la mort de son petit garçon.

Tout le monde s'affaire pour la noce qui se prépare. Les femmes se coiffent et se maquillent. On négocie âprement le prix de 20 kilos d'amandes. Dans une énorme bassine qui sert de chaise à porteur, une vieille parente est transportée tant bien que mal dans un camion. La belle-soeur du marié drague ouvertement Galal, qui a du mal à lui résister. Des ados chavirés guettent, tel le loup de Tex Avery, l'arrivée de la splendide Kiki, qui plus tard se lancera dans une danse effrénée, moulée dans une robe à deux coeurs, l'un posé sur les seins, l'autre sur les fesses... Le cinéaste se faufile entre tous ses personnages, il passe constamment des coulisses où les cuisiniers s'affairent aux salons où les invités s'égaient et s'amusent. On se croirait dans un film choral de Robert Altman (Un mariage), en plus gai, plus extravagant, plus bondissant...

Certes, une réalité infiniment plus triste finit par s'infiltrer dans le conte. Par moments, Galal, qui a fait de la taule pour avoir agressé un militaire et ne parvient pas à oublier ce qu'il y a vu, songe à émigrer en Arabie saoudite. Un promoteur prétentieux menace de détruire Yehia et ses fils s'ils s'opposent à sa volonté de transformer la ­région en parc à touristes avec fast-foods à gogo. Et pour avoir osé épouser secrètement sa bien-aimée, un jeune homme est assassiné. « Tous les jours, dit le cinéaste, on trouve en Egypte des cadavres au bord des routes désertes »...

Mais, dans ce film où le drame est tenu à distance, même la mort peut ­devenir bouffonne : celle de Yehia, par exemple, qui, par inexpérience, avale un flacon entier de Viagra, au grand dam de ses deux potes qui jurent de ne jamais révéler la vérité à sa veuve, l'un au nom du Christ, l'autre sur le saint Coran... Si de tous les films de Yousry Nasrallah celui-ci est le plus subversif, c'est parce qu'il y montre des hommes qui boivent et rient, des femmes qui se déhanchent en entonnant des chansons aux paroles équivoques. Un petit café agrémenté d'une poudre magique, et voilà que les dernières barrières se brisent. Les sentiments dissimulés s'expriment, ceux qui devaient s'aimer se disent leur amour avant de le faire. Soudain, l'insolence, la sensualité, la paillardise redeviennent des armes.

samedi 18 mars 2017

Suicide assisté : «Si c’était légalisé, on le ferait avec plus de sérénité qu’aujourd’hui»



 Agée de 80 ans, Anne Guérin se sait condamnée. Dans un tiroir, chez elle, elle stocke les cachets qui lui permettront de se suicider quand elle l’aura décidé. Jean-Luc Mélenchon s’est dit favorable à la légalisation de cette pratique, tandis que Benoît Hamon entend instaurer un “droit à mourir dans la dignité”. Pour 2K17, Anne Guérin mène, avec ce détachement teinté d’humour et de sagesse qu’apportent les années, l’ultime dialogue avec la vie, celui que vous repoussez à plus tard, dans un coin de votre tête.

« Ce n’est pas une question de mort, c’est un choix de vie… J’ai peur de m’emmerder. (rires) Quand je vois les mouroirs que sont les maisons de retraite, où les gens regardent dans le vide, ne font rien de la journée, ça ne me donne pas envie. Ils ont peut-être gagné cinq ans, atteint 95 ans, mais pour faire quoi ? Chacun fait comme il l’entend, mais pour moi, la vie est intéressante si on en fait quelque chose.

J’ai eu une vie intellectuelle riche : j’ai été journaliste, j’ai mené de grosses enquêtes sociologiques, j’ai élevé deux enfants tant bien que mal… Il y a des tas de choses que j’ai menées à peu près correctement. Aujourd’hui, je n’en suis plus capable intellectuellement, je perds un peu la mémoire. Côté lombaires, ce n’est pas ça non plus. J’ai de l’arthrose, qui me fait marcher avec une béquille. Je souffre d’une BPCO, une bronchopneumopathie chronique obstructive, qui me provoque des difficultés respiratoires. Depuis septembre, je sais aussi que j’ai un cancer des poumons. Mais ça ne m’inquiète pas trop. On m’a dit que la maladie évoluerait lentement, donc je mourrai de la BPCO avant… Ça, ce sera si je laisse les choses se faire. Pour la petite histoire, je suis aussi anémique. Mais bon, pour l’instant, je vis avec.

Pour des raisons purement pratiques, j’ai décidé de me préparer à mettre fin à mes jours le moment venu. Je n’ai pas envie de souffrir, de traîner pendant des mois des douleurs insupportables. Elles le seraient aussi pour mon entourage, pour mes fils. C’est compliqué, un grabataire. Il faut s’occuper de tout un tas de choses qui sont un peu chiantes. Pour moi, c’est le pire : les emmerdements et la tristesse, qu’on provoque chez les autres, involontairement. (Souriante depuis le début de son récit, elle s’assombrit). Je me sens très coupable en ce moment… Mes enfants sont les personnes que j’aime le plus au monde.

Anne Guérin


Je devais avoir une quarantaine d’années quand j’ai adhéré à l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). Au départ c’était pour le principe. Après tout, la mort concerne tout le monde. Je ne me suis pas particulièrement investie. Pour tout dire, à cette époque là, et même encore aujourd’hui, le spectacle des personnes très âgées, plus ou moins décaties et gâteuses, m’horripilait quelque peu.

J’avais autre chose à faire, je militais ailleurs. J’ai notamment bataillé douze ans à Act up-Paris (association de sensibilisation à l’épidémie du Sida), à partir de 1992. Ça a été mon premier contact avec la mort, parce que j’y côtoyais des malades du Sida, promis à une fin assez proche. Ça m’a amené à réfléchir à la mort. Je ne l’avais pas beaucoup fait avant. L’association a eu le mérite de permettre à des patients de revendiquer une certaine fierté et de s’organiser, voire de tenir tête aux médecins sur certains aspects de la politique médicale qui les concernaient.

Pour le suicide assisté aussi, on traîne l’idée que c’est déshonorant, comme on le faisait pour le Sida. C’est désagréable.

 A Act up, on faisait du boucan, et en même temps, on vivait un drame permanent. Les gens mouraient les uns après les autres. Pour autant, la question du suicide assisté ne se posait pas vraiment. Mais déjà, j’avais conscience que ce geste se prépare très longtemps à l’avance, quand on est encore en très bon état. Si on attend la veille de la mort, c’est trop tard. Il faut trouver des gens pour vous aider, s’il y en a. Il faut trouver des médicaments, le moment adéquat. Ce n’est pas facile.

« La mort est un sujet abordable »


Mon père, qui était pourtant un militant du suicide assisté lui aussi, n’a pas songé à s’organiser. Quand il a commencé à décliner, il n’a rien fait dans ce sens. Ça m’a marqué, parce qu’il n’en finissait pas de mourir. J’aurais préféré qu’il meure plus vite, ça aurait été mieux pour lui et pour tout le monde. Mais ce n’est pas le genre de choses qu’on peut dire. J’ai essayé de lui suggérer, d’une façon très détournée, que c’était peut-être le moment de mettre en cohésion ses paroles et ses actes. Mais il était furieux que j’évoque cette idée, alors je n’ai pas insisté. Il voulait toujours mourir de la façon la moins douloureuse et la plus expéditive possible, mais de là à passer aux actes… Il est mort comme tout le monde, sans aucune aide d’aucun ordre.

Sur des décennies, sans même y réfléchir, j’ai fait un travail sur la question : la mort en général et aussi la mienne. J’ai imposé à mes enfants qu’on évoque ce sujet comme on parle d’autre chose. Pour moi, ce n’est pas tabou, j’ai choqué pas mal de gens avec ça, d’ailleurs. Je ne dirais pas que la mort est un sujet comme un autre, mais c’est quelque chose d’abordable. J’ai même constaté, chez certains médecins, une amorce de prise de conscience et d’humilité devant la souffrance des gens. Certains m’ont dit que ma décision leur paraissait légitime et raisonnable. Pas tous. Pour autant, je ne m’étends pas sur la question à longueur de journées avec mon entourage, ça ne serait pas très rigolo, ça déprime tout le monde.

« Ce qui me manquait le plus, c’était de trouver quelqu’un qui me tiendrait la main à la fin »

 
Quand passer à l’acte : c’est la question. Je crois que je sentirai la limite dans mon propre corps. Quand, pour des raisons psychiques ou physiques, la vie sera devenue insupportable. Je n’aurai pas besoin de demander son avis à un médecin ou à qui que ce soit. Mes fils me disent : « On veut bien que tu te suicides, mais pour des raisons qui nous semblent rationnelles, pas sur un coup de tête ». Mais ils ont leurs critères, j’ai les miens, ça ne coïncide pas forcément.

J’ai envisagé d’aller en Suisse (où le suicide assisté est légal), mais c’est horriblement cher, ça dépasse le millier d’euros. En revanche, côté pratique, j’ai la chance de connaître quelqu’un qui a pu m’indiquer les médicaments à me procurer et les dosages. Pour les trouver, je suis allée dans plusieurs pharmacies, sans succès, ce qui est assez décourageant. Je suis finalement tombée sur une pharmacie où on ne m’a posé aucune question. Depuis, les médicaments sont chez moi, au fond d’un tiroir.
En dehors de ça, ça ne demande pas beaucoup de préparatifs, à part faire le tri dans ses affaires pour ne pas encombrer les héritiers.

Seulement, ce qui me manquait le plus, c’était de trouver une personne qui accepterait de m’aider. Faire ça toute seule, quand on est trouillarde comme je le suis, ce n’est pas facile. Mais cet ami m’a dit que je pouvais compter sur lui. Que le moment venu, il me répéterait comment prendre les médicaments, à quel rythme. Et il sera là pour me tenir la main à la fin.


Permettre aux aidants de ne pas être hors la loi et éviter des suicides ratés et douloureux


 Dans l’état actuel des choses, en France, c’est risqué pour celui qui assiste un malade qui se suicide. Si le suicide assisté était reconnu, ça aiderait les accompagnants. Certains veulent bien vous aider à mourir mais ils n’osent pas, à cause de la peur d’aller en prison (la provocation au suicide d’autrui est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende). Pour la personne qui veut en finir aussi, les choses seraient plus simple, notamment les détails pratiques (quels médicaments prendre, où les trouver). Ça éviterait des suicides en cachette. Et douloureux, quand on ne sait pas comment s’y prendre, ou les suicides ratés, avec des séquelles qui peuvent être épouvantables.

Il y a des pays où le suicide assisté ou l’euthanasie se pratiquent. Ils sont très encadrés et réglementés, et ça a l’air de ne pas se passer si mal. Je ne pense pas que ça rendrait les suicides plus fréquents, mais au moins, on le ferait avec plus de sérénité qu’aujourd’hui.

Il est rare qu’on commette un suicide tranquille, en toute bonne conscience, ayant gardé toute sa raison, dans des circonstances rationnelles. Au moment de passer à l’acte je pourrais craquer, je pourrais pleurer. J’ai déjà éprouvé très vivement que, tout en voulant mourir, je voulais aussi vivre. Même si on accepte théoriquement qu’il est temps d’en finir, il y a comme un instinct de vie qui vous enfonce dans des contradictions impossibles. De toute façon, quand quelqu’un meurt, il y a une souffrance du côté des survivants. Et de toute façon la mort existe, alors si on ne peut pas la supprimer, autant l’accommoder.


Ce que prévoit la loi française en matière de fin de vie :


Le gouvernement lançait cette semaine une campagne sur la fin de vie pour faire connaître les modalités de la loi Leonetti-Claeys de février 2016. Elle ouvre la possibilité d’une « sédation profonde et continue » jusqu’au décès, et instaure la possibilité de rédiger des directives anticipées, permettant à toute personne majeure d’exprimer sa volonté en matière de poursuite ou non de traitement.

La loi française n’autorise ni l’euthanasie (lorsqu’un médecin met fin à la vie d’un patient condamné), qui était une promesse de campagne de François Hollande en 2012, ni le suicide assisté (quand le patient met fin à ses jours).

Que risquent les aidants au suicide :


Le suicide est légal en France. Cependant, la provocation au suicide d’autrui est illégal, indique l’article 223-13 du code pénal. La même peine est encourue pour le fait de conseiller des méthodes pour mettre fin à ses jours (article 223-14) : « La propagande ou la publicité, quel qu’en soit le mode, en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. »

Par ailleurs, le fait de ne pas porter assistance à personne en danger ou en péril est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende (article 223-6 du code pénal).

Les peines encourues sont évidemment plus lourdes en cas d’euthanasie, où la mort est donnée directement par un tiers. C’est ce qu’a montré le cas médiatique du docteur Bonnemaison, accusé d’avoir mis fin aux jours de sept de ses patients en fin de vie.

Autre cas célèbre, aux Etats-Unis : le médecin Jack Kevorkian, incarné par Al Pacino dans le film You don’t know Jack, avait été poursuivi pour avoir revendiqué des suicides assistés, puis condamné pour avoir pratiqué l’euthanasie.


Ce que proposent les candidats :


 Jean-Luc Mélenchon propose, outre l’euthanasie, un encadrement légal du suicide assisté. Il souhaite l’inscrire dans la Constitution, comme le droit à l’avortement, au nom du « droit à être maître de soi-même». Il l’a rappelé fin janvier dans un entretien au Journal du dimanche : « Il faut parler clair et nommer les choses par leur nom : je suis pour le droit au suicide assisté. Ne nous cachons pas derrière des euphémismes. (…) Le suicide assisté est le droit ultime de rester maître de soi-même, de rester libre dans une circonstance contre laquelle on ne peut rien. (…) Il est misérable de devoir aller en Suisse ou en Belgique pour bénéficier du suicide assisté, comme autrefois on allait en cachette en car à Amsterdam pour un avortement. »

Benoît Hamon s’est lui aussi dit favorable à l’euthanasie. Lors du troisième débat de la primaire de la gauche, le candidat a même consacré sa « carte blanche » à la question du droit à mourir dans la dignité (à partir de 1h13’) : « C’est un sujet très important (…). Toutes ses personnes en situation de vulnérabilité, qui voient venir leur fin de vie, (…) doivent pouvoir choisir le moment où elles décident de quitter la vie. C’est la raison pour laquelle je proposerai au Parlement de légiférer afin que soit consacré le droit à l’euthanasie. » Dans son programme, le droit à mourir dans la dignité est proposé « pour toutes les personnes atteintes d’une maladie incurable qui le demandent, au moment où elles le demandent. » « Au moment où elles le souhaitent, et non plus seulement lorsque le pronostic vital est engagé à court terme », peut on également lire sur son site, dans un article plus détaillé.



Pour les associations, « la France en est au Moyen-Age » :



La question de la fin de vie « nous concerne tous », rappelle Jacqueline Jencquel, vice présidente de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité. Seulement l’année dernière, elle a accompagné en Suisse une dizaine de personnes qui voulaient mettre fin à leurs jours de façon encadrée : « Ce qui se passe en France n’est plus possible, c’est le Moyen-Age, s’indigne-t-elle. Je ne comprends pas qu’on soit obligés de mourir dans la souffrance. Je ne sais pas qui l’a décidé. »

Consciente que le sujet est « encore tabou » en France, Claude Hury, la présidente de l’association Ultime liberté, regrette que la fin de vie entre dans la clandestinité, comme l’avortement avant sa légalisation : « Ce qu’on demande, ce n’est pas l’euthanasie, qui implique la responsabilité médicale, mais le suicide assisté, comme ce qui se fait en Suisse. Il s’agit du droit à disposer de notre corps. Nous ne considérons pas la mort comme une question médicale mais philosophique. Qui décide quand la vie est supportable ? (…) J’ai travaillé au Planning familial à l’époque où l’IVG était interdite. Quand il fallait aider les filles, on le faisait. On est un peu dans la même situation aujourd’hui pour la fin de vie. »

Les Français sont largement favorables à l’évolution de la législation.


Juliette Harau
ÉDITÉ PAR


Source : https://2k17.fr/517-suicide-assiste-cetait-legalise-on-ferait-plus-de-serenite-quaujourdhui/