Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
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lundi 29 avril 2013

3) Comment faire accepter la biologie de synthèse ?




2) Je n'ai pas perturbé le "Forum de la Biologie de Synthèse"

Je n’ai pas perturbé le « Forum de la Biologie de Synthèse »


Jeudi 25 avril 2013, au Centre National des Arts et Métiers (CNAM) à Paris, une quinzaine de chimpanzés perturbaient ce qui était annoncé comme le premier « Forum de la biologie de synthèse ». 

Slogans, affiches, banderoles, sifflets ont rendu impossible la tenue de l’opération officielle de communication. Cette dernière a laissé place, après une heure de chahut, à un échange dans la salle animé par des lycéens présents.
Je suis l’un de ces singes. 
J’ai crié, sifflé, collé des affiches, pris à partie des scientifiques et des représentants ministériels. 
Et pourtant je n’ai pas perturbé de « forum de la biologie de synthèse ». 
Car ce qui se déroulait ce soir-là n’avait rien d’un « forum » - étymologiquement, la place où les citoyens, quels qu’ils soient, se réunissent pour échanger et débattre ensemble des questions qui les concernent directement.

                                                    * * *

La biologie de synthèse pourrait bien être la prochaine révolution industrielle et elle bouleversera nos vies, les vies de chacun d’entre nous, dans des proportions que nous peinons encore à imaginer. Dans ces conditions, il est normal que nous, – les citoyens, le peuple, la population – ayons tous notre mot à dire sur le sujet. 
Officiellement, c’est le but de ce forum. Et pourtant, tout a été fait justement pour qu’il n’y ait pas de public ce soir là.
Une communication tardive et réduite à son plus strict minimum, au point que les opposants ont fait plus de publicité pour l’évènement que le comité de pilotage du forum. Une réunion sur réservation, en semaine, un jeudi soir à 18h, dans une salle de 120 places, au fond de la cour du CNAM, à gauche, en haut d’un escalier. 
Tout semblait prévu pour que seule une poignée de spécialistes puisse assister au débat.
Et c’est en sortant de la salle que j’en ai eu la preuve, en ramassant par terre la liste officielle des participants à la réunion. Une découverte que je m’empresse de vous faire partager et qui suffit à démonter la mascarade 
démocratique qui s’est jouée ce soir-là. Car de peuple, ou de simples citoyens, il n’était pas question.
La liste des inscrits comporte 55 personnes pour une salle de 120 places. Parmi elles, on dénombre :
10 membres du comité de pilotage du forum national de la biologie de synthèse 
au moins 14 scientifiques, dont la plupart spécialisés dans le trafic du vivant (INRA, Génopole...) 
13 hauts fonctionnaires ou représentants des ministères suivants : Recherche, Santé, Agriculture, Développement Durable et bien sûr Défense Nationale (dont un haut gradé de l’armée) 
2 employés du CNAM 
3 ou 4 journalistes. 
Enfin, 4 ou 5 représentants d’associations subventionnées par l’Etat (Sciences citoyennes, France Nature Environnement), sommées une fois de plus – subvention oblige – de se constituer en caution démocratique du faux-débat.
Voilà qui fait 47 personnes. A cela, il faut rajouter deux classes de lycéens, emmenés par leurs professeurs, et qui venaient, – sur demande des organisateurs peinant à remplir leur salle ? – occuper 53 autres chaises. 
D’où vous déduisez aisément que, si l’on met de côté les chimpanzés qui ne s’étaient pas inscrits sur la liste, les citoyens lambdas ne représentaient pas plus de 10 personnes dans la salle.
Mais sans doute suis-je de mauvaise foi, ayant oublié de mentionner que la soirée devait être retransmise en direct sur Internet. Les citoyens avaient ainsi la possibilité de participer au débat par le biais du compte Twitter @forumbiosynth – pour peu que leurs réflexions tiennent en moins de 140 caractères, et qu’ils aient connu l’existence du forum. 
Une initiative qui a suscité l’engouement citoyen qu’elle méritait puisque le soir du débat, le compte Twitter officiel avait recueilli pas moins de ... 
... 14 « followers » !
Il n’y avait donc pas de public ce soir-là. Moins de 10 citoyens lambdas et une poignée de « followers » sur Twitter qui, sur ordre des organisateurs, se sont vu couper la retransmission du débat sur Internet après 19 minutes. 
Voilà ce que les experts en acceptabilité nomment sans rougir « Forum », et qui permettra d’affirmer dans quelques années que le développement de la vie artificielle avait fait l’objet d’une procédure démocratique et participative.

                                                     * * *

Avec les OGM, industriels, scientifiques et politiques ont compris une chose : pour faire accepter un nouveau désastre technologique, il faut travailler l’opinion en amont. Anticiper les motifs de refus, les analyser, les 
décortiquer, pour mieux endormir la population. Travailler son vocabulaire. Poser les problèmes en termes de coût/avantage, en évacuant tout débat politique. 
Surtout il convient d’enrober les décisions déjà prises d’un vernis démocratique et participatif. A cet effet, les spécialistes en acceptabilité redoublent d’ingéniosité pour inventer les nouvelles formules de la démocratie technicienne : débats publics, visio-conférences participatives, forums hybrides, panels de citoyens...
Avec les nanotechnologies, et le sabotage par les opposants au nanomonde, de la campagne de propagande orchestrée en 2009 par la Commission Nationale du Débat Publique, les experts en manipulation ont en plus appris la chose suivante : il leur faut éviter les opérations trop tapageuses, sous peine de se faire voler la vedette par les opposants.
C’est cette double injonction que les experts en acceptabilité commandés par Fioraso s’efforcent de respecter avec la biologie de synthèse : faire croire que les citoyens ont pu donner leur avis, tout en évitant soigneusement qu’ils puissent prendre la parole. Et quoi de mieux pour cela que d’organiser ces pseudos-débats entre gens d’accord, entre gens sérieux et responsables, entre gens qui savent de quoi ils parlent, entre scientifiques, représentants de l’Etat et des associations gouvernementales, militaires, et autres experts.
L’entre-soi est le meilleur garant du consensus technocratique.
Ce n’est pas un « forum de la biologie de synthèse » que nous avons perturbé ce 25 avril, ni même une réunion publique, mais bien une réunion entre amis. Entre personnes de la même caste, de la techno-caste, fraction dominante de la bourgeoisie à l’ère du capitalisme technologique. 
Celle qui, encourageant le 
développement conjoint des nécrotechnologies et de la concurrence économique internationale, détruit chaque jour un peu plus les conditions matérielles, sociales et environnementales de notre survie. 
Celle qui in fine, détient le pouvoir de transformer nos vies, sans que jamais notre avis ne soit entendu. 
Et voudrait en plus nous donner des leçons de démocratie.

La démocratie technicienne n’existe pas. 
Démocratie réelle maintenant ! 
Et non à la vie artificielle !

Un Orang-Outan, 100% naturel



1) Les chimpanzés du futur au pseudo Forum de la biologie synthétique

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=417)


Les chimpanzés du futur au pseudo Forum de la biologie synthétique

vendredi 26 avril 2013 par Pièces et main d’œuvre

Ce jeudi 25 avril 2013, une quinzaine de chimpanzés ont saboté la première séance du pseudo Forum de la biologie synthétique, au Centre national des Arts et métiers de Paris.

Après avoir déployé une banderole "Non à la vie synthétique", et distribué un dossier à la centaine de spectateurs (à télécharger ci-dessous), ces quinze opposants porteurs de masques de singes ont interrompu l’introduction du pseudo-débat et lu la déclaration des Chimpanzés du futur (ci-dessous).






Les organisateurs du pseudo-forum (membres de l’Observatoire de la biologie de synthèse) n’ont jamais pu reprendre la maîtrise de leur faux débat. Ce sont finalement des lycéens venus avec leur professeur, qui ont pris le micro pour poser des questions aux singes et aux scientifiques.

Le pseudo-forum était filmé par quatre caméras pour être retransmis en direct et en différé sur Internet. Devant leur déconfiture, les organisateurs ont ordonné aux techniciens d’arrêter leurs caméras, et ont censuré les commentaires en ligne via Twitter.





Les singes, quant à eux, mettront en ligne prochainement leur film de la soirée, des photos, ainsi qu’un reportage sonore.


****                         Déclaration des chimpanzés du futur

Bonjour,

Nous portons ces masques pour dénoncer la mascarade qui se déroule sous nos yeux. La mascarade de ce pseudo-débat pour nous faire accepter des décisions déjà prises.

Nous portons ces masques parce que nous sommes les chimpanzés du futur. Nous sommes ces chimpanzés - ces humains qui ne fusionneront pas avec la machine. Nous ne trafiquerons pas notre génome pour devenir plus performants. Nous refusons la vie synthétique mise au point dans les laboratoires.

Dans ce pseudo « Forum de la biologie de synthèse », vous pouvez dire tout ce que vous voulez. Cela n’a aucune importance, aucune incidence. Cela ne changera rien au développement de la biologie de synthèse. Les décisions sont prises, les programmes lancés. Pendant qu’on vous distrait avec ce spectacle, Total, Sanofi, Monsanto, l’INRA, le CEA, le Genopole fabriquent des bactéries synthétiques et des codes génétiques artificiels. Ils s’emparent du vivant et accélèrent l’épuisement de la planète.

Pour les manipulateurs d’opinion, il faut que nous participions à la mascarade. Comme ils disent : « Faire participer, c’est faire accepter ». Si nous participons à cette parodie, nous laissons croire qu’un débat démocratique a eu lieu. Nous aidons les communiquants à roder leur argumentaire pour étouffer la contestation. Participer, c’est accepter.

Vous, chercheurs, qui prétendez délibérer sur la biologie de synthèse, vous devez vos carrières, vos revenus, votre position sociale à la recherche. Vous êtes juges et parties ; vous êtes en conflit d’intérêt ; vous devriez être les derniers à vous exprimer sur le sujet. Votre participation à ce débat est illégitime. Autant consulter les marchands d’armes sur l’opportunité de déclarer la guerre. Nous, chimpanzés du futur, nous ne défendons aucun avantage ni privilège. Nous défendons juste la possibilité de choisir ce qui va nous arriver.

La ministre de la recherche Geneviève Fioraso vous a commandé de « désamorcer les craintes » de l’opinion. Mais nous n’avons pas peur, nous sommes en colère.

Nous n’avons ni question à vous poser, ni incertitude à lever. Notre position est déjà figée : nous n’acceptons pas.

 Nous refusons la fuite en avant technologique qui épuise les humains, les écosystèmes et la planète.
 Nous refusons vos bactéries artificielles, votre biodiversité artificielle, votre viande synthétique cultivée en laboratoire,
 Nous refusons le pillage du vivant,
 Nous refusons votre monde-machine peuplé d’aliens à l’ADN synthétique – bactéries, plantes, animaux et humains génétiquement modifiés,
 Nous refusons la destruction du monde et des hommes au nom de la guerre économique.

Nos masques servent à dire que ce forum est une mascarade ; et maintenant la mascarade est finie.

Vous, dans cette salle, rentrez chez vous.

Informez-vous par vous-mêmes ; parlez avec vos proches, vos voisins, vos amis.

Refusez la manipulation d’opinion et les faux débats.

Rejoignez les chimpanzés du futur.

Non à la vie synthétique, à la vie artificielle, à la vie morte !
Vive la vie vraie, la vie vivante : notre seule vie !

Les chimpanzés du futur

Paris, le 25 avril 2013


Déclaration
Version prête à circuler
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Dossier Forum de l’acceptabilité de synthèse
Version prête à circuler
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dimanche 28 avril 2013

Le Marchés des Matières Premières aux Mains des Investisseurs


Les négociants prennent la main sur le marché des matières premières


Le Monde.fr | 06.04.2012 à 11h22 • Mis à jour le 23.04.2012 à 15h48  - Par Mathilde Damgé


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Après deux mois de hausse en janvier et février, les prix alimentaires mondiaux ont marqué le pas en mars mais restent toujours à des niveaux élevés, selon des données publiées jeudi par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. | REUTERS/© Andres Stapff / Reuters

N'en déplaise aux tenants des thèses conspirationnistes sur les nombreux et disparates marchés des matières premières, le rôle de l'offre et de la demande reste le dénominateur commun et le premier facteur de mouvement des prix.
Ainsi, le maïs et le sucre ont vu leur cours s'envoler avec la demande d'éthanol pour concurrencer un pétrole trop cher.
A l'inverse, les réserves de brut à Cushing (principal terminal pétrolier aux Etats-Unis) viennent de dépasser le seuil de 40 millions de barils.
Conséquence : les cours du pétrole se sont fortement repliés mercredi 4 avril.

Si l'on en croit le rapport du centre spécialisé Cyclope, la baisse attendue en 2012 pour l'ensemble des cours des matières premières devrait caboter autour de 5 %, corrigeant la forte hausse de l'année précédente, cette moyenne étant par ailleurs sujette à d'amples révisions, compte tenu des impondérables que sont le climat, la Chine ou un conflit.

"L'année 2011 a été la plus haute marche du cycle haussier que les marchés connaissent depuis 2005, et nous sommes bien au cœur du choc le plus important enregistré depuis les années 1970. Les hausses les plus fortes ont été celles de l'argent (+ 75 %), qui devance le maïs (68 %), la laine, le charbon-vapeur, le café...", témoigne Philippe Chalmin, fondateur de Cyclope.

PETITES MESURES, GRANDE VOLATILITÉ

Sur certains marchés locaux, avec des volumes limités, comme le lait, il existe une volatilité naturelle très forte.
Mais le plus souvent, la volatilité, qui ne profite qu'à l'intermédiaire, est le fait de spéculateurs pariant à la hausse ou à la baisse, le tout encouragé par des places financières qui tiennent à leur compétitivité et, selon ce député britannique cité par le Financial Times, peinent à se réformer.

Premiers suspects, les banques et les fonds d'investissement. Considérés comme des acteurs purement financiers, à l'opposé des intervenants dits physiques (industriels, négociants...), ils ont vu leur marge de manœuvre rognée par les régulations imposées à la suite de l'envolée de 2008.

Les politiques se sont émus, les rapports officiels se sont succédé, des mesures ont été prises en haut lieu.
Si le trading pour compte propre (prop trading) est désormais interdit et le niveau maximum de contrats qu'un intervenant peut détenir limité, certains outils financiers comme les produits indiciels cotés adossés à des métaux précieux (l'or en particulier) ou industriels (cuivre, aluminium...) ont eux été autorisés.

Le principe de ces produits est d'offrir la garantie que l'équivalent physique de votre produit financier (une formule théorique répliquant la performance d'indices boursiers) se trouve non loin de la banque qui le fournit.
Or, stocker signifie immobiliser, ce qui au final favorise une hausse des prix, pari le plus généralement répandu, car le plus avantageux à long terme, par l'ensemble des acteurs financiers.
Force est de constater aujourd'hui que la volatilité des prix – les écarts entre les pics et les creux – ne s'est pas nettement assagie.
Et il ne s'agit que des marchés organisés : deux tiers des opérations sont réalisés sur des marchés de gré à gré, sans aucune régulation.

LA SPÉCULATION, UNE AMPLIFICATION DES DÉSÉQUILIBRES

S'il y a rarement de spéculation sans un déséquilibre préalable du marché physique, ces déséquilibres sont bien amplifiés par le comportement des spéculateurs. Problème : comment distinguer la spéculation de la couverture (hedge, en anglais) ?
Récemment, des modèles de trading adaptés aux agriculteurs (lien abonnés) ont été développés afin de leur permettre de se protéger d'une baisse des prix de leurs céréales ou oléagineux.
 L'avenir d'un agriculteur peut ainsi dépendre de l'existence d'une personne prête à prendre le risque, en face, que le prix de la production monte et à payer la différence.

Le problème n'est pas tant l'activité financière de couverture que la proportion de personnes s'engageant sur ces activités et les montants engagés.
Or, les rangs des spéculateurs professionnels, distinguant avec difficulté la luzerne du colza, mais échangeant à une vitesse prodigieuse les droits d'acheter des millions de tonnes d'un continent à l'autre, vendant ce qu'ils n'ont pas depuis leur ordinateur, voient leurs effectifs et leurs moyens renforcés par le mouvement de bascule issu de la crise et des limitations imposées aux banques.

LE RÔLE DES NÉGOCIANTS

Signe que la spéculation sur les matières premières a encore de beaux jours devant elle : les petits génies des commos (raccourci pour commodities, matières premières dans le jargon financier) qui œuvraient auparavant dans les banques et les fonds d'investissement (hedge funds) de Londres sont en train de migrer de façon massive vers la Suisse, où sont établis les plus gros négociants, comme Glencore, Vitol ou Trafigura.
Ces négociants, des conglomérats souvent plus puissants que leurs clients, font office d'intermédiaires entre les producteurs et les acheteurs, industriels essentiellement.

Pour ne donner qu'un chiffre, Vitol et Trafigura ont vendu à eux deux plus de 8 millions de barils de pétrole chaque jour l'an dernier, soit les exportations de l'Arabie saoudite et du Vénézuela réunies.

Ces groupes transportent, raffinent, transforment, stockent... et financent ! "Sauf que, contrairement aux fonds d'investissement spécialisés sur le secteur et les départements de prop trading sur les matières premières des banques, il n'y a pas de paris sur les prix, et leur croissance est avant tout basée sur le développement en volume de ces marchés", se défend l'associé de l'un de ces grands négociants.

Les négociants sont donc avant tout des traders, qui vendent une production donnée (parfois la leur, quand elle est intégrée aux activités du groupe) et achètent pour vendre.
Chaque dollar gagné, comme chaque dollar perdu, est pour leur poche... ce qui doit logiquement les inciter à favoriser les écarts de prix les plus importants en leur faveur.
"Par exemple, explique le financier, Nestlé appelle Louis-Dreyfus [négociant français de matières agricoles] et lui demande 50 000 tonnes de blé dans son terminal de Houston. Louis-Dreyfus lui répond que l'opération lui coûtera 10 millions d'euros [les agriculteurs locaux proposant 12 millions]. Nestlé accepte car c'est moins cher que les agriculteurs locaux.

Le trader de blé de Louis-Dreyfus doit maintenant acheter les 50 000 tonnes de blé et les faire livrer à Houston pour moins de 10 millions.
Au passage, si le trader doit acheter à Yoplait 50 000 tonnes de blé pour livrer Nestlé au bon prix, il le fera, mais Nestlé n'en saura rien."

RISQUES DE CONFLITS D'INTÉRÊT

Plus controversé encore, en raison des risques de conflits d'intérêt : les négociants de matières premières se lancent aussi dans la gestion à destination des grands investisseurs privés.
Après avoir multiplié par vingt ses encours de gestion, à 2 milliards de dollars, le fonds Louis-Dreyfus Commodities Alpha Fund a dû fermer aux nouveaux investisseurs l'an dernier.
Cargill, principal producteur et négociant de produits et de services agricoles au monde gère 4,5 milliards de dollars d'actifs de clients dans son fonds Black River depuis 2004. Son concurrent Archer Daniels Midland a ouvert ADM Investor Services Diversified Strategies en 2011.
Et Trafigura, troisième broker pétrolier mondial, en est à son sixième fonds, géré par sa propre société de gestion, Galena Asset Management.

Et là, les clients ne sont plus des industriels demandeurs d'un juste prix, mais des investisseurs exigeant de placer et de faire fructifier leur capital.
Ces capitaux viennent par ailleurs démultiplier la force de frappe de nos mastodontes des matières premières. Ils se retrouvent alors à la tête d'une chaîne presque totalement intégrée, fixation des prix comprise.

Alors que les banques n'ont plus le droit de traiter pour elles-mêmes, les négociants s'en donnent à cœur joie : selon des estimations rapportées par Reuters, le prop trading pourrait représenter jusqu'à 80% de leurs échanges électroniques

samedi 27 avril 2013

Profits et Matières Premières

Les profits des négociants de matières premières dépassent ceux des banques


Le Monde.fr | 16.04.2013 à 17h47 • Mis à jour le 16.04.2013 à 18h15 - Par Mathilde Damgé

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Les chiffres compilés par le "Financial Times" dessinent un paysage économique impressionnant et jusqu'ici méconnu, puisque rares sont les négociants cotés en Bourse et contraints à un minimum de transparence financière. | AFP/MYCHELE DANIAU

Les chiffres donnent le tournis. Les vingt plus gros négociants de matières premières au monde ont empoché près de 250 milliards de dollars (191 milliards d'euros) au cours de la dernière décennie, devant les géants du secteur automobile (179 milliards d'euros sur la même période de 2003 à 2012 pour Toyota, Volkswagen, BMW, Renault et Ford) et bancaire (171 milliards d'euros pour JPMorgan, Goldman Sachs et Morgan Stanley).

Les négociants, pierre angulaire des échanges mondiaux de matières premières, font traditionnellement le lien entre producteurs et consommateurs. Pourtant leurs noms (Glencore, Vitol, Trafigura, Gunvor, Cargill, Archer Daniels Midland, Louis Dreyfus, Wilmar, Noble, Mitsubishi, Mitsui) ne sont pas encore connus du grand public.

Les chiffres d'affaires font encore davantage vaciller : les revenus des dix plus gros négociants en 2012 tournent autour de 916 milliards d'euros, soit l'équivalent du PIB de la Corée du Sud.

Toutes ces données, compilées par le Financial Times, dessinent un paysage impressionnant et jusqu'ici méconnu puisque rares sont les négociants cotés en Bourse et contraints à un minimum de transparence financière – des entreprises peu ou pas régulées, comme la plupart des grandes multinationales opérant dans des pays en développement.

Le quotidien de la City s'interroge sur la taille de ces intermédiaires dont les besoins en liquidités surpassent désormais la capacité de prêt des banques.
Ainsi, quand le russe Rosneft décide d'acquérir son concurrent TNK-BP pour créer le premier pétrolier mondial coté et se met en quête de 42 milliards d'euros, il demande à deux négociants, Vitol et Glencore, de l'aider à financer l'opération.

LES ÉMERGENTS, PROUE DU NAVIRE

Cette étude montre que la période de croissance, commencée en 2000 quand les profits cabotaient vers 1,6 milliard d'euros, reflète de plus en plus l'expansion des pays émergents, Chine en tête, même si la croissance de cette dernière montre des signes de ralentissement.
Et même en cas de consommation déclinante ou simplement stagnante, les négociants peuvent toujours stocker en attendant que les cours remontent.

Symbole d'une nouvelle domination dans les échanges de matières premières, les places financières asiatiques entrent dans la course pour devenir le "hub" de prédilection des traders.
Singapour, qui offrait déjà, sous certaines conditions, un taux presque imbattable de 5 % d'imposition, voit son offre fiscale concurrencée par Shanghaï, Hongkong et Kuala Lumpur dans la course aux marchés émergents.

Ces destinations sont synonymes d'une optimisation fiscale forcenée : selon le FT, les négociants s'en sortent avec un taux d'imposition compris entre 5 et 15 % grâce à des implantations choisies sous les auspices cléments que sont la Suisse, Chypre, les Pays-Bas ou Singapour.
A titre de comparaison, l'industrie minière et pétrolière s'acquitte d'un taux de 30 à 45 %, et les banques paient environ 20 % d'impôt.
Et même si la Suisse envisage d'alourdir sa fiscalité, l'industrie reste très rentable. Les patrons de Glencore (Ivan Glasenberg) ou de Trafigura (Claude Dauphin) sont milliardaires, alors que les familles telles que les Cargill et les Louis Dreyfus ont vu leur patrimoine s'épanouir à la chaleur des marchés des matières premières.

DES SIGNAUX NÉGATIFS

L'envolée des prix de 2009 aidant, les profits ont été multipliés par presque 120 en douze ans.
Selon le département américain de l'agriculture, les échanges de céréales ont bondi de 20 % entre 2001 et 2010, contre moins de 2 % sur les dix années précédentes et une baisse de 0,9 % entre 1981 et 1990.

Vitol est un exemple probant de cette explosion des gains des négociants : la multinationale aux 800 millions d'euros de profit était à peine à l'équilibre dans les années 1990.
En 2009, elle affichait 1,74 milliard d'euros de bénéfices. Contrôlant l'offre et la demande, les maisons de négoce déploieraient leurs propres observateurs pour évaluer les stocks de cacao en Côte d'Ivoire ou ceux de charbon au Japon, raconte le journal britannique.

Pourtant, l'industrie est aujourd'hui confrontée à des signaux négatifs. Les bénéfices commencent à stagner, et la rentabilité est en baisse. Le bénéfice net de Vitol, spécialisé dans le pétrole, a chuté l'an dernier à 800 millions d'euros, son plus bas niveau depuis 2004 et moins de la moitié de son résultat de 1,74 milliard d'euros (un record) de 2009.
Les mirifiques retours sur investissement des premières années sont derrière une industrie qui a tenté de se construire en pariant sur le contrôle de toute la chaîne d'approvisionnement.

Et le FT de rapporter les inquiétudes d'un membre de la Banque centrale canadienne, Timothy Lane, soulevant la possibilité que "certaines de ces institutions soient en train de prendre une importance systémique".
En d'autres termes : mettent en danger l'écosystème financier des matières premières.
"L'importance croissante du secteur lance d'autres défis sérieux, notamment en rapport avec les droits de l'homme et la situation environnementale dans les pays exportateurs, la lutte contre la corruption et le phénomène dit de 'la malédiction des matières premières dans des pays en développement'.
Des risques pour la réputation de certaines entreprises et de la Suisse elle-même sont liés à ces défis", reconnaît même le très prudent Conseil fédéral.


mercredi 24 avril 2013

On nous appelle 'les paysans'

Très beau texte et aussi très vrai

http://www.infokiosques.net/lire.php?id_article=940


ON NOUS APPELLE « LES PAYSANS »

Nous sommes restés terrés à la campagne ou bien nous sommes partis loin du béton des villes. 
Nous avons refusé d’être esclaves d’un boss..., mais nous sommes restés serviles car intégrés à ce système que l’on ne peut fuir.
Nous avons cherché un bout de terre, parce que nous n’étions pas (tous) nés avec. Toutes les terres sont sous le régime de la Propriété Privée. Il en est qu’elle délaisse et que le temps valorise pour la spéculation, d’autres qu’elle loue, d’autres qu’elle vend.
Nous avons signé de moches baux qui nous engagent à payer régulièrement cette terre que nous nourrissons et qui nous nourrit. 
Nous avons dépensé notre sueur et économisé pour payer un lopin. Il nous a fallu garantir et emprunter, et il nous faut désormais rembourser pour bonifier l’action Crédit Agricole. Nous sommes devenus propriétaires de quelques ares difficilement lâchés par ceux qui ne les comptent plus, nous sommes intégrés à la Propriété en restant propriété de l’Argent et de ceux qu’il engraisse. 
Nous avons convoité une terre oubliée, cachée par les ronces, et nous l’avons cultivée jusqu’à ce que des bipèdes en costards et en uniformes la saccagent et nous poussent à aller recommencer ailleurs. 
On nous a promis la tranquillité, du fric et des droits pour peu que, depuis ce bout de terre loué, acheté, hérité ou squatté-légalisé, nous fassions ce que la loi et l’économie veulent de nous, de notre travail. 
On ne nous encore laissé que des non-choix.
On nous a dit qu’il fallait vendre les fruits de la terre et de notre travail, produire parce qu’ainsi nous vivrions mieux et que cela rendrait service au pays.
On nous a dit que pour cela, il fallait respecter encore un certain nombre de règles, faire des calculs, payer des taxes, et toujours tout noter pour que l’on nous contrôle.
Nous sommes des paysans, et souvent des comptables... 
Nous sommes des paysans, et souvent des vendeurs...
Nous sommes en concurrence avec ceux qui ont des terres en abondance, avec les « gros » exploitants agricoles qui font trimer ceux qui n’ont rien, parfois pas même le droit d’être là parce qu’ils viennent d’ailleurs.
On nous a aussi loué ou vendu la mécanisation parce qu’il fallait faire du chiffre. Nous avons raqué, seuls ou à plusieurs, pour avoir des machines à traire, des machines à presser les grappes, des machines à écraser les châtaignes, des machines à labourer la terre, des machines à récolter, des machines à planter... Comme nos pairs à l’usine, nous aussi, nous sommes devenus esclaves des machines. Parfois, bien sûr, nous avons refusé l’engrenage, sans doute aussi parce que le relief ou la banque ne nous laissaient pas forcément le choix.
Nous semons les graines qu’ils ont modifiées, sélectionnées pour leurs profits. Nous leurs rachetons sans cesse alors qu’elles ne sont pas adaptées à la terre où elles germent.
Nos vaches sont cirrhosées et se ressemblent toutes, parce qu’on veut faire d’elles des machines à produire du lait. Nos animaux sont obligatoirement fichés, médicamentés, tatoués, vaccinés et bientôt pucés, et c’est peut-être justement pour cela qu’ils sont malades, que les vaches deviennent folles, que les moutons sont brûlés par centaines, que les poules sont enfermées pour prévenir d’une éventuelle épidémie.
Que l’on (se) vende pour l’industrie agro-alimentaire ou sur le marché du coin, on nous impose des normes à respecter parce que ce qui est vivant est trop incontrôlable. Il faut pasteuriser et javelliser les fromages, traiter voire irradier les fruits... Même le taux de sucre de la confiture doit être mesuré précisément. Nos bêtes, il faut qu’on les amène dans les abattoirs pour que l’on contrôle leur traçabilité et que des machines les massacrent en nombre. Il faut aussi les faire inséminer artificiellement...
On nous vend la poudre blanche, la poudre bleue, la poudre jaune..., pour accroître le rendement des terres, empoisonner les plantes et animaux nuisibles. Il est avéré que c’est aussi du poison pour nous, pour la terre et pour tout ce qu’il reste de vivant.
On nous vante le mérite du Bio : un nouveau marché pour lequel il faut revenir à ces méthodes qu’on nous avait présentées comme dépassées, mais qui permettent de vendre plus cher pour que les plus riches, eux, ne s’empoisonnent pas. Il faut intégrer soit des « labels » pour lesquels il faut payer pour pouvoir se faire contrôler, soit des « mentions » pour autogérer notre propre contrôle et notre propre marketing. Des solutions éco-industrielles pour que le Bio lui aussi soit productif et rentable arrivent, et nous restons encore une fois sur le carreau.
On nous transforme par ailleurs en paysagistes de leurs parcs à touristes, de leurs vitrines du développement durable, ouvriers du paysage-marchandise. 
Nous devons repasser les draps des cadres en vacances, servir le repas terroir et, bien sûr, jouer pour eux le rôle de cette nostalgique et rustique paysannerie des temps perdus, ou bien celui d’illuminés qui vivent sobrement, décroissemment, coolement, comme si nous étions en dehors du monde, perchés sur les montagnes et penchés béatement sous le cul des chèvres... Comme si notre travail était toujours un plaisir, comme si la misère de notre vie et celle du reste du monde nous laissaient indifférents...
Nous aussi, les banquiers nous sucent le sang. Nous aussi, nous tirons la gueule quand les factures arrivent. Parfois, nous ne pouvons pas nous permettre de manger ce que nous produisons parce que les « éco-produits labellisés luxe terroir » ne sont pas pour les petites gens. Parfois, le marché nous oblige à brader nos productions sans se soucier de nous voir crever. 
Nous aussi nous nous contentons de survivre, faute de mieux.
Nos faits et gestes sont surveillés. 
Nous sommes les larbins des riches. 
Nous sommes esclaves de cette société, de son argent et de ses lois. 
Nous sommes des paysans de la classe d’en bas.
Allons-nous rester éternel-lement soumis ? 
Nous ne voulons plus, nous ne voulons pas, être ces paysans-là parce que nous ne voulons pas de ce monde-là !
Ne soyons pas leurs paysans pas plus que leurs ouvriers, leurs routiers, leurs maçons, leurs employés, leurs prostitués..., ni les allocataires ou les mendiants de leurs quelques miettes...
Finissons-en avec ces cases et ces séparations entre ceux qui subissent les conditions d’exploitation. 
Cultivons la révolte partout sur cette terre. 
Faisons partie de ceux qui se battent contre ce que l’on nous présente comme indépassable. Le cul par terre, la tête dans les étoiles.

Mars 2010.

Anonyme

Grèce : Appel à Boycott des fraises importées de Manolada




Grèce : un superviseur d'une ferme tire sur ses employés bangladais. Près de 30 blessés.


La zone Nea Manolada dans le Péloponnèse a déjà connu des épisodes d'abus sur les migrants par le passé. Hier, alors que 200 employés bangladais demandaient leurs 6 derniers mois de salaire impayés, un -au moins- des superviseurs est sorti avec son fusil de chasse et a tiré sur les migrants. Plus de 20 blessés ont été transportés à l’hôpital hier soir. 4 d'entre eux étaient dans un état critique.

http://www.okeanews.fr/20130418-grece-un-superviseur-dune-ferme-tire-sur-ses-employes-bangladais-pres-de-30-blesses

Appel au boycott des fraises importées de Manolada en Grèce



Traduction :
Avant d'acheter à nouveau des fraises en provenance de Manolada en Grèce, pensez qu'elles sont entâchées du sang de travailleurs immigrés.
Le 17 avril 2013, plus de 20 immigrés qui demandaient à être payés pour leur travail ont été agressés et blessés par balle par leurs employeurs grecs.
Le gouvernement grec couvre les agissements des meurtriers qui agissent avec le soutien du Golden Dawn (mouvement néo fasciste - NdT)
Boycottez les fraises de Manolada, Grèce !
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lundi 22 avril 2013

Pétrole en Méditerranée : de Possibles Noirs Lendemains

A Pâques l'an dernier nous avions alerté la population à Collioure le dimanche 8 avril sur les dangers d'une exploitation pétrolière en Méditerrannée. Apparemment cette idée est toujours à l'ordre du jour malgré le permis non renouvelé.

"Les collectifs de littoral s'interrogent sur le projet de centre d'essais pour l'industrie pétrolière offshore sur l'ile du Levant dans le Var et rendent compte de leurs premières préoccupations."


Cliquer sur les images pour les agrandir










dimanche 21 avril 2013

NDDL : "Ne nous laissons pas diviser !!!"


Diviser pour mieux régner la stratégie est connue de longue date.
'Un pueblo unido jamas sera vencido'
L'union fait la force et cette chaîne humaine du 11 mai doit être un succès sans précédent !

Lettre express aux adhérents et abonnés n°24/2013 - 21 avril 2013

Sème ta zone : le Préfet tente de semer la pagaille parmi les opposants !


Suite au communiqué de presse que nous avons fait paraître lundi 15 avril et surtout suite à des articles parus dans certains médias, des personnes, voire des comités de soutien, s'interrogent sur la stratégie de l'ACIPA.
L'éloignement géographique n'est pas bien propice à des échanges directs qui auraient permis une meilleure compréhension de la situation.
La ZAD est partout. Dans l'idée, oui ! Mais alors se pose la question de la représentation que s'en font les personnes plus éloignées et tous ceux qui ne peuvent pas évaluer, ou vivre, autant qu'ils le souhaiteraient la situation sur le terrain. C'est sûrement un aspect de la question à... creuser.

Les membres de l'ACIPA ne sont pas les seuls, loin de là, à côtoyer les occupants de la ZAD (au sens le plus large, qu'ils soient là depuis des générations ou depuis quelque temps).  Nous constatons que celles et ceux qui s'imprègnent de la situation sur le terrain font état du souhait majoritaire des occupants de ne pas, ou plus, choisir l'option de la confrontation avec les gendarmes.
C'est tout bonnement la réalité.
Reste la façon de le dire ou, pour certains, le choix de ne pas le dire.

Les évènements du lundi 15 sur la ZAD, que l'on espérait ne plus revoir, sont au cœur des tensions car les grenades et les lacrymos ont encore parlé !
Le feu de l'action ne s'est pas éteint dans l'esprit de l'ACIPA au soir du 15 avril et les quelques interviews qui ont été réalisées par téléphone, sorties d'un contexte brûlant, ont suscité des propos qu'il faut considérer comme autant de paroles d'exaspération, en réaction à chaud et forcément incomprises par certains mais aussi confortées par d’autres.
Nous savons bien que la victoire ne sera pas militaire car à tout moment une décision du gouvernement pourrait faire évacuer le secteur en deux coups de cuiller à pot.
Par contre nous avons fait, tous ensemble, se retourner une situation qui a fait naître l'HÉSITATION au sein de ce gouvernement. Cette situation est fragile.

Hier, le préfet a retiré les forces de police de la zone mais elles ont cependant continué à la survoler en hélicoptère. Selon l'AFP, le préfet se réserve le droit de remettre en place le dispositif si les routes sont obstruées ou creusées, notamment.

Des routes libres avec des points d'information accueillants mais aussi avec des barrages prêts à y être placés rapidement au moment propice, nous semblent être un bon choix, après la nécessité des blocages dus à l'opération César.
L'ACIPA n'a pas changé de stratégie, au grand dam des porteurs de projet et des membres de la commission dite « du dialogue » qui ont aussi essayé de nous faire revenir sur notre décision de boycott.

En complément et afin de clarifier une situation que les pouvoirs publics semblent vouloir tirer à leur avantage, quelques précisions concernant notre visite à la Préfecture :

Nous avons reçu deux propositions de rencontres pour la semaine passée :
La première, pour le mercredi 17 avril, avait pour objet la présentation des conclusions de la commission dite « du dialogue », réunion organisée sous l'égide de la commission de suivi des engagements de l'Etat sur le projet aéroportuaire, et à laquelle nous sommes conviés à chaque fois qu'elle se réunit.
Et comme à chaque fois, nous avons décliné ce rendez-vous en réaffirmant que nous ne participions pas ni ne participerons jamais à une réunion d'accompagnement du projet.

Le 2ème rendez-vous proposé par le préfet était pour le jeudi 18.
L'actualité sur le terrain étant pressante, et sans toutefois être dupes ou naïfs, nous avons pensé qu'il pouvait y avoir un lien, même inavoué, avec notre demande d'entrevue faite en novembre, au plus fort des interventions policières, demande non honorée par le préfet à l'époque. De plus, il nous semblait important d’essayer de connaître sa stratégie vis-à-vis de l'opposition au projet sur le terrain.
Nous sommes donc allés à ce rendez-vous avec le CéDpa invité conjointement.

Le préfet y a évoqué le fait qu'un allègement du dispositif policier était envisagé, a précisé qu’il serait rétabli en cas de nouvelles tranchées, et il nous a informés d’un changement dans l’organisation des fouilles archéologiques qui seraient planifiées juste avant les travaux correspondants.
Il est toujours dans l'esprit de construire cet aéroport et pour lui les réserves des commissions ne sont que des détails qu'il faut réécrire pour certains, compléter pour d'autres. Nous resterons quant à nous vigilants sur le strict respect des 12 réserves de la commissions d’expertise scientifique.
Cette invitation avait pour but de nous arracher un accord de participation aux réunions complémentaires en lien avec les préconisations de la commission « du dialogue », de nous associer aux nouvelles obligations d'études, et de devenir - en quelque sorte - des facilitateurs sur le terrain.
Il va de soi qu’il ne saurait en être question.
Il n’y a eu aucune « négociation » de quelque nature que ce soit.

Le 11 mai prochain la grande chaîne humaine organisée par les 45 organisations membres de la coordination, dont l’ACIPA, va rassembler tous les opposants. Les porteurs du projet d'aéroport seraient heureux d'y voir peu de monde. Tous ensemble, nous leur refuserons ce plaisir.

L’ACIPA appelle donc tous les comités de soutien et toute la population adhérente ou sympathisante, à poursuivre tous ensemble la lutte jusqu’à la victoire en participant très nombreux à cette grande chaîne humaine et au rassemblement des 3 et 4 août.

Ne nous laissons pas diviser !!!


NDDL : "Virtuellement on a gagné"


Article qui explique de façon très belle ce qu'est la ZAD et ce qu'on perdrait en bétonnant Notre Dame des Landes

Avec les naturalistes en lutte à Notre-Dame-des-Landes

18 avril 2013 | Par Jade Lindgaard - Médiapart

 Il y a les ronces, la renoncule en pente, le nombril de Vénus, le lierre terrestre et la cardamine hirsuta. Nous sommes huit corps accroupis au bord d’un fossé et nous scrutons la dent de l’extrémité de la feuille de la potentilla sterilis que Jean-Marie, botaniste, fait tourner entre ses doigts : elle est plus courte que les autres, c’est à ça qu’on la reconnaît. Son nom profane est : « fausse fraise ».

Une reinette près d'une mare de la Zad de Notre-Dame-des-Landes (JL)

Bordereau en main, il pointe une à une les espèces repérées sur la zone dont il a la charge en ce dimanche 14 avril, la quatrième journée d’action in situ des naturalistes en lutte. C’est la zone n°9, sur l’emplacement du projet de barreau routier destiné à relier les routes de Rennes et Redon pour mieux desservir l’aéroport. Un petit groupe l’a rejoint, si bien qu’il improvise une leçon de nature pour les militants contre l’aéroport qui pataugent dans son sillage en brandissant leurs propres trouvailles : une aubépine, un jonc, une fougère ou l’herbe tue-vache, celle que les bovins savent ne pas manger.

Et c’est la même rengaine un dimanche par mois depuis janvier, sur trente-six secteurs en tout. Les 1 650 hectares de la zone d’aménagement différé (ZAD) promettent d’être l’un des territoires les plus observés de France. Cette connaissance ultra-précise de la nature ordinaire des bocages de Notre-Dame-des-Landes aura peut-être raison de l’aérogare.

Car la longue histoire du projet, né autour de 1965, vient de prendre un nouveau tournant : pour la première fois, un collège d’experts scientifiques a conclu à l’impossibilité de construire l’aéroport tel qu’il est aujourd’hui prévu, en respectant la loi. Dans leur rapport publié la semaine dernière (voir ici), douze spécialistes des sciences de la nature et des techniques agricoles invalident la méthode de compensation proposée par l’État et le maître d’ouvrage, la société aéroport du Grand Ouest (AGO), filiale du groupe Vinci. Ils énumèrent dix réserves la concernant, et estiment qu’elles « devraient être levées pour que le projet puisse être poursuivi ».

Une mare sur la Zad (JL)

De quoi s’agit-il ? En vertu de la loi sur l’eau, la destruction de zone humide doit être compensée par la reconstitution du double de la superficie supprimée. Mais l’étendue de la Zad est telle que le respect de cette règle est impossible. Le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) de Loire-Bretagne autorise une autre méthode de compensation qui prend en compte les fonctions de la faune et de la flore.
C’est celle-là que les constructeurs ont choisi d’adopter, une démarche jugée « innovante » par les experts. Sauf qu’elle est encadrée par de fortes contraintes, à commencer par la nécessité de recréer des zones humides « équivalentes sur le plan fonctionnel et de la qualité de la biodiversité » dans le même bassin versant, c’est-à-dire le territoire drainé par un même cours d’eau et ses affluents. Or cette condition n’est pas du tout respectée par le plan de Vinci. Et nul ne peut, à l’évidence, repousser les frontières d’un bassin versant, à moins de basculer dans un délire surréel de géo-ingénierie.
Par ailleurs, le facteur temps joue, pour une fois, dans le sens des protecteurs de la nature : « La destruction du milieu est immédiate, tandis que la recréation ou la restauration des fonctions perdues peut demander dans certains cas des décennies », s’inquiètent les experts. Ils préconisent du coup de créer des « zones tampons », pour disposer d’une réserve de compensation. Mais cette solution ferait peser une double pression sur les agriculteurs, pris en tenailles entre le bétonnage aéroportuaire et la neutralisation de terres de culture au nom de la préservation de la biodiversité. Une « double peine » rejetée d’emblée par le gouvernement.
Et ce n’est pas tout : le collège scientifique critique aussi la « complexité excessive et peu intelligible par les citoyens » de la méthode de calcul qui limite la capacité du public à « participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement », principe pourtant défini par la charte de l’environnement, elle-même adossée à la constitution et inscrite dans la convention d’Aarhus. Le projet d’aéroport menace ainsi d’enfreindre la loi française et la constitution, le droit européen, ainsi que le droit international. Beau score pour un aérogare de province.

Sur la Zad, pendant un inventaire (JL) 
« Le complexe de zones humides de Notre-Dame-des-landes est-il compensable dans l’absolu ? » se demandent les experts : « Si on entend par compenser recréer ou restaurer des surfaces équivalentes sur le plan fonctionnel, la tâche est probablement irréalisable », écrivent-ils. « Créer ou restaurer un tel complexe d’écosystèmes à l’identique ne paraît pas possible », insistent-ils.

Leur rapport a été adopté à l’unanimité, ce qui lui confère une forte autorité. À sa suite, le comité permanent du Conseil national de protection de la nature (CNPN), une instance consultative mais dotée elle aussi d’une grande autorité symbolique, s’est réuni le 10 avril. Ses délibérations se déroulent à huis clos. Cependant, dans un communiqué (à lire en cliquant ici), il explique « faire siennes les réserves émises dans le rapport », demande leur prise en compte par les maîtres d’ouvrage, recommande la réalisation d’études supplémentaires pendant au moins deux ans de plus. Il demande aussi sur cette base à l’État de revoir toute la procédure d’instruction des projets d’aménagement du territoire. Un nouveau camouflet pour les pouvoirs publics.

« Virtuellement, on a gagné  »

Tract dessiné par des occupant.e.s de la Zad.

Cette bataille de la préservation de la faune et de la flore, les naturalistes en lutte ont contribué à la mener. D’abord autour de leur appel fondateur, fin 2012 (voir ici), puis sur leur blog, où ils partagent leurs observations du terrain et leurs analyses. Parmi eux, un groupe de « décompenseurs » s’est formé pour déconstruire en force les méthodes de compensation envisagées pour Notre-Dame-des-Landes.
Ils se décrivent comme un « groupe de contre-expertise des compensations en pièces détachées et au rabais qui visent à justifier un aéroport injustifié et à marchandiser toujours plus la nature ». Ils ont publié une analyse très fouillée pour développer leur point de vue critique (à lire en cliquant ici), envoyée au collège scientifique, puis vulgarisée en un joli carnet en libre diffusion dans la ZAD : « Compensation écologique vs zone humide à défendre ». Sur la couverture, un squelette de chauve-souris déploie des ailes de Batman.
Pour eux, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est le laboratoire de nouvelles méthodes de compensation de la biodiversité  qui ouvrent la voie à la financiarisation de la nature. Aux États-Unis, la restauration des zones humides est devenue un véritable marché, où des aménageurs achètent des crédits de compensation à  des banques spécialisées en échange de l’autorisation de détruire ces zones protégées. Aujourd’hui, les banques de compensation y représentent 26 % des mesures compensatoires mises en œuvre, pour un chiffre d’affaires annuel d’environ 4 milliards de dollars.
En France, la Caisse des dépôts et consignations a créé en 2009 la première banque d’actifs naturels française dans la plaine de la Crau en Camargue. Le bureau d’études Biotope s’est spécialisé dans cette expertise émergente. C’est le seul à avoir accepté d’étudier l’écosystème de la Zad dans les conditions posées par Vinci. C’est le fruit de son travail qui est aujourd’hui remis en cause par la commission scientifique sur la loi sur l’eau. Pour François de Beaulieu, l’un des porte-parole des naturalistes en lutte : « Virtuellement, on a gagné. »
Dimanche, presque midi ce 14 avril, l’écosystème spongieux de la ZAD éprouve sa première chaleur depuis le début du printemps. Un banc de coccinelles translucides prend un bain de soleil sur une feuille, un nuage d’abeilles butine un saule. « On peut courir dans les gaz lacrymogènes des CRS mais lutter en faisant de la botanique au soleil, c’est quand même plus agréable », lâche Jean-Marie. Nous croisons de jeunes plants de poiriers plantés par les occupants de la Wardine, un nouveau lieu de vie et de maraîchage fondé par des occupants. Un hélicoptère survole la prairie où poussent des nuées de pissenlits. Un naturaliste en lutte sait reconnaître un engin policier d’une navette médicale à l’oreille. Pour celui-ci, aucun doute, il stationne pendant de longues minutes en aplomb du petit groupe, observateurs à leur tour observés par plus puissants qu’eux-mêmes. Les chants des pinsons, des mésanges et des rouges-gorges se sont tus.

Sur la Zad, pendant un inventaire (JL)
Nos bottes s’enfoncent dans l’eau d’une prairie inondée. Nous traversons un bois, des talus de ronces, une clairière forestière, une mare non cartographiée par Vinci (une cinquantaine manquerait à leur inventaire). Une forte odeur de menthe emplit l’atmosphère. François repère un tronc d’arbre planté aux prémisses de l’aménagement de la zone, sous Napoléon III. Jean-Marie décrit les surprises estivales que réserve la mégaphorbiaie que nous contemplons sans le savoir depuis quelques minutes : en bordure d’une zone humide, un champ de très hautes plantes non graminées nous dépassera tous, surtout des angéliques et des œnanthes safranées. Une grenouille agile l’interrompt en bondissant à ses pieds. On la reconnaît à la longueur de ses pattes, bien plus allongées que son corps.  
John,qui arrive du Morbihan où il crée avec d’autres un lieu de vie collective, tend la main vers ce vibrionnant paysage : « Tu imagines, là, une boutique Dolce et Gabbana ? À côté, un magasin Diesel ? Ce sera pratique pour faire les courses. Et tu pourras aussi acheter ton whishy. » 
Cette conversion commercialo-industrielle ne ferait pas l’affaire des oiseaux migrateurs qui viennent se nourrir sur les berges de la mare qui s’étend maintenant à nos pieds. En contrebas d’un bois en partie défriché, elle prend des reflets mordorés au soleil. Beauté paradoxale, car elle possède toutes les caractéristiques d’un milieu oligotrophe, un milieu dit pauvre, car rare en nutriments. Mais ses carences en constituent la richesse aujourd’hui : on trouve de moins en moins de milieux pauvres dans nos campagnes, empreintes d’azotes, de phosphates et de rejets d’engrais. Or certaines espèces animales et végétales ne supportent que les environnements démunis.
C’est l’un des arguments de bataille des naturalistes en lutte : les mauvaises terres agricoles de Notre-Dame-des-Landes, détrempées, noires, boueuses, où les racines menacent sans cesse de pourrir et le foin de moisir, sont riches de leur simplicité. « L’enjeu, c’est de remettre en valeur la nature ordinaire, commune », explique Jean-Marie. L’association prépare un dossier de classement de la Zad en zone Natura 2000, une protection juridique qui interdirait définitivement le bétonnage de la zone. Leur patient recensement des espèces n’est pas qu’un sport de combat contre le projet d’aéroport. Dans leur rêve, c’est un investissement d’avenir.