Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

vendredi 26 août 2016

L'argent ou la vie

 On a reçu ça :

Bonjour.

Ici Jean Monestier.

Il ne suffit pas de connecter les personnes. Il faut aussi connecter les informations. On s'aperçoit ainsi que dans un journal local comme l'Indépendant, les informations sont publiées, mais en ordre dispersé, et il faut alors les rapprocher, dans sa tête.

Mais les gens ont-il envie de savoir qu'il va falloir à tout prix diminuer nos émissions de carbone et renforcer notre résilience en protégeant notre autonomie alimentaire ?

Ci-joint en PJ une lettre de lecteur en ce sens avec les trois publications concernées en annexes. Une reprise de la rédaction décrivant les articles concernés sans obliger le lecteur à s'y référer est toujours possible. C'est pourquoi la création d'un média synthétisant vraiment tous ces liens entre le global et le local me parait sans doute indispensable, car une rubrique "écologie" restera toujours une expression séparée des autres, comme "vie locale", "nouvelles des PLU", etc.

Le résultat de ce compartimentage de la pensée, c'est  que l'autonomie alimentaire, par exemple, reste un impensé de la plupart des élus et des fonctionnaires.




Objet : L’argent ou la vie.
   
Je me permets de rapprocher deux articles lus récemment dans l’Indépendant : le premier, du 30 juillet 2016, où le Professeur Henri Got nous rappelle que la biosphère continue à se dégrader de façon accélérée ; le deuxième, du 8 août 2016, où Marc Maillet, président de Frene 66, commente la conclusion d’un conflit juridique avec la commune de La tour-de-Carol au sujet de la préservation des terres nourricières.

Ajoutons à ce tandem une pincée d’information sur la récolte de blé 2016 donnée en bas d’une page du 6 août 2016, et nous en avons assez pour comprendre, si nous avons envie de comprendre (mais avons-nous envie de comprendre ?), que le problème majeur qui se profile d’ici cinq à dix ans, comme l’évaluent certains experts, n’est pas l’augmentation des tarifs de la CTPM sans amélioration des horaires, ni le nouveau nom de la Région, ni les J.O., ni, hélas, les attentats, mais le maintien d’une biosphère habitable, qui commande TOUS LES AUTRES.

Henri Got nous rappelle que, en 2015, c’est le 20 août que nous avons outrepassé les « capacités de reconstitution » de la planète. Chaque année, loin de nous contenter des « intérêts », nous grignotons le « capital », de plus en plus vite, puisque, l’année suivante, un capital diminué donnera encore moins d’intérêts.

La raison principale : une économie mondiale en croissance. Ici ou là, on se réjouit d’un « découplage relatif » entre la création de Valeur Ajoutée et les prélèvements de ressources grâce à certains gains d’efficacité marginaux, mais force est de constater que le « découplage absolu », mesuré globalement au niveau de la planète, ne s’amorce absolument pas. Et le « jour du dépassement » avance inexorablement vers le 1er janvier, du fait de l’augmentation de la population, du fait de notre appétit incontrôlé pour toutes sortes d’innovations que nous nous réjouissons de diffuser sans aucune limite, comme en poseraient la mutualisation des usages ou l’interdiction de l’obsolescence programmée, et, enfin, du fait, dont on parle moins, d’un rendement décroissant de nos activités extractives, notamment pour l’énergie et les métaux.

C’est ainsi que les sables bitumineux du Canada, pour ne donner qu’un seul exemple, sont un pactole économique au-delà de 80 dollars le baril, mais une catastrophe écologique, puisque, afin d’en tirer du carburant, il faut mettre en jeu trois barils pour en utiliser finalement un, les deux autres étant dévorés par le processus. Quand cette ressource, dont les réserves sont immenses, montera en puissance, la fameuse voiture « verte », qui ne consomme « que 4 litres aux 100 », provoquera en fait des émissions de carbone pour 12 litres aux 100. Plus vert que moi, tu meurs. L’argent n’est qu’une convention humaine, dont on peut créer sans problème des milliers de milliards, par exemple pour juguler un crash bancaire. Il faudrait au plus vite appuyer nos calculs économiques sur les Joules ou les calories, c'est-à-dire privilégier la vie, qui est d’abord de l’énergie, avant l’argent, qui n’est qu’un fétiche, un signe, un outil de mesure, qui se réfère au prix et non à la valeur des choses, c'est-à-dire à lui-même.

Relativement au débat sur les terres nourricières qui agite La tour-de-Carol, comme nous le rappelle l’Indépendant du 8 août 2016, il est atterrant de constater comment la véritable question n’arrive pas à émerger. Les défenseurs de ces surfaces cultivables, dont le potentiel de résilience alimentaire sera définitivement détruit par l’artificialisation des sols, passeraient bientôt, dans la bouche des responsables locaux, pour des « écoterroristes judiciaires » (qualification dévoyée), accusés de vouloir étouffer l’économie locale, massivement focalisée sur le tourisme. 

En Cerdagne, mais aussi ailleurs dans le département, « créer de l’activité », « faire de l’argent », serait donc la seule priorité de ces responsables, pour lesquels la notion d’autonomie alimentaire est un impensé tenace, une zone aveugle. Et pourtant, la petite « brève » parue dans l’Indépendant du 6 août 2016 sur la récolte de blé devrait être un avertissement sans frais ; les céréaliers du Nord de la Loire vont boire le bouillon, mais la récolte mondiale est abondante. Le climat commence à jouer au yo-yo avec notre agriculture. On pourra objecter que ce fut déjà le cas en 1788, dont la mauvaise moisson fut une des causes de la révolution française. Mais les phénomènes se multiplient et s’amplifient, comme le constatent les compagnies d’assurances, et notre agriculture industrielle, dopée à l’énergie fossile, est terriblement fragile. 

A quelle révolution, à quelle émeute de la faim pourrions-nous être confrontés aujourd’hui ? Faut-il rappeler, avec Olivier De Schutter, rapporteur auprès de l’ONU, que, dans le monde actuel, contrairement aux apparences, les petits paysans produisent l’essentiel de la nourriture ? La France artificialise tous les 8 à 10 ans la superficie d’un département moyen, et les autres pays suivent la même voie. Quand le climat va sonner la fin de la récréation, la Cerdagne, mise au pied du mur de sa résilience, n’aura ni l’argent des touristes, ni la nourriture provenant de ces hectares artificialisés. 

Pourtant, nous gardons encore des moyens de choisir de nous modérer. Quelqu’un a dit « On ne commande à la Nature qu’en lui obéissant. » C’était peut-être, au fond, le premier « écoterroriste ». En 1945, en France, les dits « terroristes » étaient du côté des libérateurs. Ne faudrait-il pas souhaiter que, aujourd’hui, d’autres nous libèrent de la mortelle dictature de l’argent ? Déjà, en 1945, l’ensemble de la population a basculé dans l’allégresse de la Libération. Donc, tout espoir n’est pas perdu pour que nous fassions passer la vie avant l’argent.

Jean Monestier.

Diplômé en économie auprès de l’Université de Toulouse.
Etudiant en collapsologie,
Défenseur d’une biosphère humainement habitable.


P.S. : tout ce que j’avance est appuyé sur de nombreux livres dont on peut obtenir les références au 06 83 99 03 25, y compris pour « Ecoterrorisme », dont je viens d’achever la lecture.




jeudi 25 août 2016

Cyberaction N° 830 - Pour un moratoire sur les VrTH cultivés en France : colza et tournesol

Plus d'infos et signature sur : 



Depuis 2013, l’entreprise NIDERA loue des terres aux agriculteurs pour y cultiver des semences de tournesols préparant des hybrides VrTH destinés à être semés dans toute la France.

Dès le printemps 2013, différentes entités opposées aux VrTH ont alerté les autorités sur la caractère nocif de ces cultures : réunions avec la Chambre d’Agriculture, le GNIS, le Conseil Général, les responsables locaux de NIDERA.

Les media locaux se sont faits l’écho de ces préoccupations.

La population a été invitée à manifester son opposition, en plantant des graines de tournesols bio : 3000 sachets de graines ont été distribués.

Malgré cela, les Faucheurs Volontaires constatent la persistance de cultures de semences de tournesols, dans l’opacité la plus totale.

Les Faucheurs Volontaires dénoncent


  • les conséquences des cultures de tournesols VrTH, identiques à celles des transgéniques :

  • l’atteinte à l’environnement par multiplication des résistances à l ‘herbicide Imazamox, et, par conséquent, l’augmentation des doses d’herbicides déversés dans les champs de tournesols,

  • l’atteinte à la santé puisque l’herbicide se retrouve dans la plante et donc, dans l’huile,

  • l’absence de réglementation de ces cultures : pas d’autorisation de mise sur le marché, pas d’information, pas de traçabilité : le consommateur doit subir sans pouvoir choisir,

  • la mainmise sur le vivant par dépôt de brevets, ayant pour but d’empêcher à terme, la libre circulation de toutes les semences.

Les Pyrénées Orientales où sont cultivées les semences de tournesols sont un maillon à l’origine des cultures d’hybrides de tournesols VrTH.

Même si le département ne subit pas directement toutes les conséquences néfastes de ces cultures, les Faucheurs Volontaires ne peuvent rester passifs face à leur dissémination : ils doivent faire ce qui est en leur pouvoir pour les empêcher.

Prenant acte de l’indifférence des autorités et des entreprises semencières quant aux conséquences inacceptables des VrTH, les Faucheurs Volontaires ont procédé à leur destruction.

Les Faucheurs Volontaires demandent un moratoire sur les VrTH cultivés en France : colza et tournesol, en attendant que leurs conséquences sociales et environnementales soient évaluées par un organisme indépendant.

Perpignan, le 2 août 2016


Texte de la cyberaction proposé


Monsieur le Ministre

En soutien aux Faucheurs Volontaires je demande un moratoire sur les VrTH cultivés en France : colza et tournesol, en attendant que leurs conséquences sociales et environnementales identiques à celles des transgéniques soient évaluées par un organisme indépendant.

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en ma mobilisation sur ce dossier sensible.


Plus d'infos et signature sur : http://tinyurl.com/h6glugy

mercredi 24 août 2016

Mais qui tue les entreprises ?

On a reçu ça :

Bonjour,
Ici Jean Monestier.
Si vous ne lisez pas Fakir, peut-être lirez vous avec intérêt la PJ tirée du numéro de Juillet Août 2016.
J'ai trouvé cela intéressant et bien fait.

Amitiés.

mardi 23 août 2016

Cette semaine à Atelier de l'Entonnoir à Prades

Cette semaine à l’Atelier de l’Entonnoir :

Fanfare La Roulotte Ruche - Atelier Jonglage - Yoga Ashtanga-

Mardi 23 aout 13h   Fanfare La Roulotte Ruche - 
  
         La Roulotte Ruche est une compagnie de théâtre et musique de rue allant du théâtre de rue caustique à la fanfare burlesque en passant par le concert militant et itinérant ou l’entresort intimiste et familial. La Ruche s’active, la Roulotte se balade.

Deux spectacles : Dissident Chaber, une fanfare en treillis et paillettes qui visite les tubes des années 80 et Mortal Combo : ça tabasse métal, ca projette ska, ça fauche reggae. Un direct punk sur un punch disco !

Prix au chapeau, libre mais nécessaire !

Dissident Chaber © Caroline AndréMortal Combo © Tim Leruste

Mercredi 24 Aout 16h30 - Atelier YOGA-
·         Parce que le yoga est une pratique qui mérite d'être connue de tous,
un espace et un temps de yoga ashtanga est mis en place les dans les locaux de l'Atelier de l’Entonnoir.

2h de la première série + méditation finale.
Venir avec son tapis, l'estomac vide, et bien sur dans la joie et la bonne humeur...
Place limitée à 8, voire 10 maximum

Pour plus d'info,
Ou réservations auprès de Marie : 06 07 02 18 51

Mercredi 24 Aout 17h30 19h30 - Atelier Jonglage-
·         Jonglage : Initiation et échanges pratiques tout objet de jonglage avec Fabien et Lili
Amenez votre matériel pour jongler si vous en avez !





Et comme toujours
chaque semaine :


Mardi

Résonances, "le Conflent à nos oreilles" Permanence de 9h à 12h, sans rendez-vous avec Ariane
Plus d'infos au 07 68 09 03 41 et contact@resonances.xyz
Site internet à découvrir avec les oreilles http://resonances.xyz


L’incroyable cantine Populaire de l’Entonnoir de 12h30 à 15h, réservation par téléphone à partir de 11h le mardi matin

Mercredi
L’Amap du Conflent distribue ces paniers de 18h30 à 20h
La Grainothéque propose un échange de graines de 19h à 20h




L’info sur

Bonne semaine à tous !


Atelier de l’entonnoir
1 rue des Marchands
66500 Prades
 

lundi 22 août 2016

La face cachée de la salade

La face cachée de la salade

Le Canard Enchaîné – 27/07/2016 -Conflit de canard –
Ah, une bonne salade verte bien rafraîchissante… Tant qu’à faire, pourquoi ne pas la prendre en sachet, pour éviter de s’embêter à la trier, à la laver, à l’essorer ? Les « prêtes à l’emploi » constituent déjà 40 % des salades proposées en rayon. Mais le bonheur n’est pas forcément au fond du sachet. Passons le fait qu’on les paie trois fois plus cher que les non ensachées. Et que, pour les nappes phréatiques, ce n’est pas la panacée. Comptez en moyenne 20 litres de flotte pour laver un kilo de salade ! Une eau, qui plus est, additionnée de javel, et ce afin d’éviter que les immenses cuves de lavage se transforment en bouillon de culture, avec le risque, ensuite, d’empaqueter sous vide germes et bactéries pathogènes. Sauf que, les résidus de chlore, les chlorates, on les retrouve ensuite sur nos papilles. 
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C’est du moins ce qui ressort de l’enquête publiée ce mois-ci par l’association UFC-Que choisir. Sur les 28 salades en sachets analysées, 24 recèlent des traces de chlorates. Fâcheux quand on sait que ce rinçage chloré essore une partie des vitamines, notamment la C, et la B9, le fameux acide folique, essentiel à la formation des globules rouges, aux systèmes nerveux et immunitaire.
Ajoutez que ce lavage industriel déverse des cochonneries dans les eaux usées. Non seulement du chlore, mais aussi des sous-produits cancérigènes, les trihalométhanes. Ces joyeusetés apparaissent lors du contact de la javel avec les dépôts de terre sur les feuille de salade. Pour toutes ces raisons, les Pays-Bas, la Belgique, et la Grande-Bretagne ont cru bon d’interdire la lavage chloré des salades, mais pas nous, qui produisons pourtant chaque année 420 000 tonnes de batavia, laitue et autres scarole.
Le plus savoureux est que ce trempage industriel en bain chloré n’est quasiment d’aucune utilité pour débarrasser les feuilles des résidus de pesticides. Dans le teste de Que choisir, une seule salade, celle estampillée bio, n’affiche aucune trace de pesticides. Pour mémoire, en 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments avait passé au crible 1 194 salades et relevé des résidus de pesticides dans 58 % d’entre elles, certaines culminant jusqu’à 13 produits différents.
Dommage que les Américains n’arrivent toujours pas, dans les négociations du Tafta, à nous imposer leur poulet au chlore, on aurait pu l’accompagner avec notre salade javellisée prête à l’emploi. 
Miam !
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Voir, de Générations futures les résultats de son enquête sur les pesticides dans les salades,
Source : https://resistanceinventerre.wordpress.com/2016/08/05/la-face-cachee-de-la-salade/

dimanche 21 août 2016

Comment s’est élaborée « l’acceptabilité sociale » des nanotechnologies

Comment s’est élaborée « l’acceptabilité sociale » des nanotechnologies


28 juillet 2016 / Sarah Lefèvre (Reporterre)
 


Grenoble est le centre français des nanotechnologies. Elles s’y développent par une alliance sans faille entre l’Etat, les entreprises et le Commissariat à l’énergie atomique. Qui ont réussi à avancer sans que les citoyens prennent conscience de ce que représente cette voie technologique.

- Grenoble (Isère), reportage

Au cœur des monts de l’Isère, Grenoble a la réputation d’être le plus influent technopôle européen. À l’origine de cette mutation high tech, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et son Leti, le Laboratoire d’électronique et de technologies de l’information, en plein cœur de la ville. Ils planchent de concert avec les géants voisins de la microélectronique : Philips, Motorola, STMicroelectronics ou IBM. Il y a dix ans, sous l’impulsion du CEA, le campus s’est agrandi d’un complexe de huit hectares, destiné à l’enseignement et à la recherche sur les micro et les nanotechnologies : Minatec.
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Minatec, le campus dédié aux nanos, sur la presqu’île de Grenoble.
Son inauguration, le 1er juin 2006, a rassemblé près d’un millier d’opposants à l’initiative du collectif OGN, Opposition grenobloise aux nécrotechnologies, et de Pièces et Main d’œuvre (PMO), pour la première manifestation au monde contre les nanos. « Sur les 8,6 milliards de dollars consacrés en 2004 dans le monde à la recherche et au développement des nanotechnologies, une bonne part l’aura été grâce à des budgets militaires », dénonçaient les opposants au projet. « Contre l’homme-machine, le mouchardage électronique et la tyrannie technologique », pouvait-on lire sur les tracts. Des centaines de CRS furent déployés dans Grenoble, et l’inauguration reportée au lendemain. Jacques Chirac, alors président de la République, aurait dû être de la fête inaugurale, mais ce rassemblement citoyen l’en dissuada : l’Élysée tint son locataire en lieu sûr, craignant d’attirer l’attention de la presse sur les critiques contre Minatec. Quelques politiques décidèrent malgré tout de célébrer l’événement : André Vallini, le président PS du conseil général de l’Isère, gestionnaire du projet, et le ministre de l’Industrie, François Loos.

« Capitale secrète de l’Europe pour l’innovation »


« On a entendu parler de Minatec dans la presse dès 1998, se rappelle l’un des membres de PMO, qui désire ne pas être nommé. C’était d’abord évoqué dans le compte-rendu d’un conseil de la communauté d’agglomération. Et puis, on a appris un beau jour que l’on allait investir pour développer la filière des micro et nanotechnologies. » Dans la ville, une personne sur cinq travaille aujourd’hui dans l’enseignement et la recherche. Le second membre de PMO poursuit : « Pour investir utilement et ne pas saupoudrer des crédits sur tout le territoire français — une mauvaise stratégie —, il faut renforcer les points forts. C’est ce que les technocrates appellent un “écosystème”, avec une liaison forte entre la recherche, l’industrie, les pouvoirs publics et l’armée, qui est toujours là. Un monde où tous parlent le même langage. » Le premier rebondit, non sans ironie : « Tout ça fonctionne en parfaite harmonie dans un consensus politique global. »
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Les (nombreux) mécènes du nouveau quartier de la presqu’île de Grenoble.
Après une consultation du site internet du laboratoire de pointe du CEA, la conversation prend tout son sens : « Leti, l’innovation au service de l’industrie. »

S’il est un homme qui incarne ce succès, c’est Jean Therme, ancien directeur des deux entités, CEA-Leti. Diplômé de l’école polytechnique de Grenoble, cet enfant du pays a d’abord fait carrière à « des postes opérationnels » au sein de Philips, Thomson, CSF, Alcatel et STMicroelectronics, vante sa fiche biographique. Qui précise : « Fervent promoteur des projets fédérateurs associant des personnels de disciplines et de cultures différentes en lien étroit avec le monde de l’industrie, il est le père du pôle d’innovation Minatec, premier centre de recherche européen dans les micro et nanotechnologies. » PMO rappelle que « l’homme n’a jamais été élu, mais il a fait sa carrière au sein des labos publics au service de l’industrie et a sans cesse soufflé à l’oreille des politiques ce qu’il fallait faire ».

Michel Destot, lui, a été élu. Il est resté 19 ans à la mairie de Grenoble après avoir dirigé le CEA. Geneviève Fioraso, députée PS de l’Isère et ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, fut aussi la présidente directrice générale de la plateforme de Minatec, chargée de faire le lien entre la recherche publique et les entreprises. « Grenoble, la capitale secrète de l’Europe pour l’innovation. » La formule est prometteuse en une du site de Minatec entreprises…

« Faire participer, c’est faire accepter »


Comment atteint-on ce « consensus politique global » ? À la table des discussions ministérielles, l’ensemble des corporations patronales et industrielles françaises : le Medef, l’Union de l’industrie chimique, l’Association nationale des industries alimentaires, la Fédération des entreprises de la beauté… Tous les secteurs voient la possibilité de conférer à moindre coût de nouvelles propriétés à leurs produits. Le tout sans contrainte, puisque les nanos ne subissent aucune réglementation. France nature environnement (FNE) est le seul représentant de la société civile depuis 2006. « C’est un monde fermé, difficile à comprendre. Il y avait à l’époque peu de littérature expliquant ce que sont les nanos. Il était très difficile de s’y pencher », dit José Cambou en charge du dossier au sein de l’association.

Selon elle, la seule avancée obtenue lors du Grenelle de l’environnement, en 2007, est la tenue d’une consultation citoyenne. La Commission nationale du débat public (CNDP) devait l’organiser dans plusieurs villes de France réunissant scientifiques, politiques, industriels et quelques rares associatifs, comme FNE. « Cela aurait pu être l’occasion d’un échange entre tous les acteurs dans plusieurs villes de France. Cela permettait à chacune des associations de s’emparer du sujet pour nourrir le débat public. » Mathilde Detcheverry, de l’association Avicenn, et José Cambou regrettent que le débat n’ait pas vraiment eu lieu.
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Le chantier du projet Giant, extension du campus dédié aux nanotechnologies.
Pourquoi ? Le gouvernement venait d’accorder 70 millions d’euros annuels pour un plan de développement des nanotechnologies sur cinq ans. Les opposants radicaux comme PMO ont investi les salles de réunions avec des sifflets pour « empêcher la mascarade », confient-ils. « Nous organisions des débats depuis 2002 à Grenoble et dans d’autres villes de France. En 2009, le gouvernement prend la mesure du risque d’opinion avec les textes que l’on diffuse. S’il ont décidé d’organiser un pseudo-débat, c’est pour dire ensuite : “Vous voyez, on a débattu, ceci est démocratique, les citoyens ont pu s’exprimer, il n’y a plus de problème avec ça.” »

Car le principe du débat citoyen repose sur un concept sociologique bien connu des politiques : « Il est apparu important à la mission de dresser un constat et de faire des recommandations relatives à “l’acceptabilité sociale” des nanotechnologies et des autres technologies émergentes. En effet, pour développer ces dernières, la création d’un consensus social, même limité, s’avère nécessaire. » Extrait d’un rapport cosigné des ministères de la Défense, de l’Économie, de l’Écologie, de l’Agriculture et de l’Enseignement supérieur qui énonce, dès le titre, leurs intentions : « Le déploiement industriel des nanotechnologies et de la biologie de synthèse sur les territoires, précurseur des manufactures du futur. » « L’acceptabilité sociale » consiste à tester l’opinion publique. Les sociologues de l’acceptabilité disent eux-mêmes : « Faire participer, c’est faire accepter. » « On en conclut que participer, c’est accepter », explique PMO pour justifier le blocage du débat public de 2010.

Tranquillement, la France a rejoint la tête de peloton des leaders mondiaux du marché des nanos. Avec 600 millions de dépenses publiques en 2012, elle se situe en 4e position, derrière les États-Unis, le Japon et l’Allemagne.
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Dépenses comparées dans le domaine des nanotechnologies par les États et les entreprises sur le marché mondial (en millions de dollars).
Au début de 2016, Stéphane Siebert a remplacé Jean Therme à la tête du CEA Grenoble. Le nouveau nommé est aussi le compagnon de l’ancienne ministre Geneviève Fioraso. Jean Therme, de son côté, a fort à faire depuis 2010 à la tête du High level group, qui conseille les commissaires européens sur les Key Enabling Technologies ou « technologies clés de l’avenir », dont les nanos font partie.
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Jean Therme reçu à l’Élysée, en novembre 2015.
Minatec a bien grandi. De huit hectares en 2006, il en occupe vingt aujourd’hui et regroupe « 3.000 chercheurs, 1.200 étudiants et 600 industriels et spécialistes du transfert technologique ». Les mots-clés de la réussite sont répétés : « rayonnement national et international » et surtout « innovation ». Les auteurs, qui n’ont pas peur de la redondance, sont parvenus à glisser ce dernier 4 fois dans les 7 premières lignes du document.

Autour du bâtiment blanc, juste derrière la caméra de vidéosurveillance, on aperçoit des grues qui s’activent sur la presqu’île du futur. Le projet Giant, « nouveau campus de l’innovation technologique », se déploie : 1,3 milliard d’euros investis sur cinq ans, 250 hectares de nouveaux laboratoires, de bureaux, de logements, d’hôtels, de commerces et de services. Le tout desservi par une ligne de tramway au gazon bien coupé. Les partenaires sont nombreux.
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La ligne de tramway qui dessert le technopôle grenoblois.
« Que reste-t-il de libre dans l’exercice politique qui ne soit pas arrimé à l’ambition technique ? » s’interroge la journaliste Dorothée Benoit Browaeys, auteure de l’enquête « Les transhumains s’emparent des nanotechs ». Face aux technologies convergentes, la convergence des luttes a encore de beaux jours devant elles.



- Cet article est le cinquième publié par Reporterre d’une enquête approfondie sur les nanomatériaux.
. 1e volet, « Le monde des nanomatériaux s’élabore en cachette », est à lire ou à relire ici.
. 2e volet, « Des nanoparticules s’imposent en secret dans les aliments », est à lire ou à relire ici.
. 3e volet, « Les travailleurs sont les premiers exposés », est à lire ou à relire ici
. 4e volet, « Le but ultime des nanotechnologies : transformer l’être humain », est à lire ou à relire ici.



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Lire aussi : Nanotechnologies

Source : Sarah Lefèvre pour Reporterre
Dessin : © Félix Blondel/Reporterre
Photos : © Sarah Lefèvre/Reporterre
sauf : . Élysée

Source : https://reporterre.net/Comment-s-est-elaboree-l-acceptabilite-sociale-des-nanotechnologies